Le Christ Social
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Les enfants sans-abri
Nous avons vu, lors des longues nuits d’hiver, de nombreux enfants affamés et nus errer dans les rues des grandes villes, cherchant anxieusement un abri pour la nuit. Nous les avons vus enveloppés dans des papiers sales aux abords de la luxueuse métropole. Les mots innocents de ces malheureux parviennent encore à nos oreilles : “Frère… couvrons-nous bien parce que la lune nous fait mal.” Pauvres petits… Pauvres petits… Pauvres petits…
Pour eux, il n’y a pas de poussettes neuves et brillantes qui apportent tant de joie aux enfants des pays riches, pour eux, il n’y a pas de jouets, pas de fêtes de Noël, pour eux, il n’y a pas de mot pieux qui dit “mon enfant” ! Lorsque ces pauvres enfants des rues arrivent dans une luxueuse demeure pour demander une miche de pain, les chiens élégants, mieux soignés qu’eux, aboient, et la maîtresse de maison les jette à la porte en disant : “Vagabonds, au travail, ne dérangez pas ! Si vous continuez à m’embêter, j’appelle la police pour vous emmener.”
Parfois, les grands seigneurs leur jettent une pièce de monnaie, ou les élégantes qui passent fièrement dans les rues leur donnent une miche de pain ou un bonbon et se sentent immensément satisfaites de leur grande charité.
Nous avons vu ces pauvres petits enfants des rues fuir désespérément le gendarme qui les poursuit pour les emmener en prison ou au mieux dans un orphelinat ressemblant à une prison de la pire sorte. Il n’y a aucune compassion pour les malheureux enfants orphelins qui errent dans les rues, nus et affamés. Pour eux, il n’y a pas d’écoles luxueuses, pas de beaux vêtements.
En réalité, la cruauté que chaque être humain porte en lui s’exprime à l’extérieur par un manque de charité légitime envers les personnes sans défense. L’individu est cruel et malveillant, tout comme la société qu’il a lui-même créée. Quand viendra le jour où des groupes de dames et de messieurs vraiment charitables s’uniront pour fournir à ces pauvres enfants des maisons d’enfants élégantes et belles ? De belles écoles ? Et des salles à manger étincelantes ? Quand ? Quand ? Quand ?
Ce n’est que lorsque chaque individu prend conscience de sa propre cruauté, que nous comprenons que nous sommes égoïstes et cruels. Nous n’avons pas besoin de justifier la cruauté. Nous n’avons pas besoin de condamner la cruauté. Si nous justifions la cruauté, nous la renforçons. Si nous condamnons la cruauté, elle disparaît de la surface mentale et s’enfonce dans les profondeurs du mental en prenant de nouvelles caractéristiques et formes d’expression. Il est indispensable de comprendre profondément la cruauté à tous les niveaux de la Conscience. Ce n’est qu’alors que la cruauté disparaîtra, ce n’est qu’alors que quelque chose de nouveau naîtra clairement et spontanément en nous : ce quelque chose est la véritable charité consciente.
Il est impératif que des groupes de personnes réellement charitables s’unissent pour œuvrer en faveur des enfants sans défense et affligés. Ce n’est que de cette manière que ces enfants pauvres peuvent recevoir du pain, des vêtements et un refuge. Ce n’est qu’alors qu’il sera possible d’ouvrir des écoles de qualité pour ces enfants sans défense. Ces beaux enfants sont aussi des êtres humains. Ils ne sont pas moins que les autres, ils sont aussi humains que les enfants riches, ils sont aussi beaux que les plus beaux enfants élégants. Ils ont les mêmes droits que les riches et la société doit reconnaître leurs droits. La cruauté envers ces enfants ne peut être justifiée.
Les fidèles de toutes les religions, les frères de toutes les écoles, ordres, loges et sociétés occultes peuvent prendre l’initiative et se donner la main pour résoudre ce problème de l’enfance négligée.
Le moment est venu de mettre en pratique la charité enseignée par les maîtres et les prêtres de tous les temps. Les mots qui ont été prononcés au milieu du roucoulement des colombes sous les portiques sacrés de tous les temples doivent maintenant devenir une réalité concrète.
La charité consciente est le baume miraculeux qui peut réconforter notre cœur endolori.
Comme il est douloureux de voir des enfants pauvres, sales, misérables, aux pieds nus, marcher dans les rues luxueuses de la métropole. Les membres de toutes les religions, les dévots de toutes les sectes, les ouvriers de toutes les usines, les gens de toutes les industries, devraient s’associer et travailler pour ces malheureux.