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MFO39 La Transmigration des Ames
Avec
pour scène l'amphithéâtre cosmique,
je veux verser dans ces pages quelques souvenirs.
Bien avant que surgisse du Chaos cette chaîne lunaire
dont tant d'insignes écrivains théosophes
ont parlé, il a existé un certain univers
dont il ne reste maintenant des traces que dans les registres
intimes de la nature. C'est sur une planète de cet
univers qu'est survenu ce que je raconte ci-après,
dans le but évident d'expliquer la Doctrine de la
transmigration des âmes.
En
accord avec les desiderata cosmiques, sur cette planète
sept races humaines fort semblables à celles de notre
monde ont évolué et involué. A l'époque
de sa cinquième Race-Racine, extrêmement similaire
à la nôtre, a existé l'abominable civilisation
du Kali-Yuga ou Age de Fer, le même que nous avons
en ce moment, ici, sur la terre.
Alors
moi qui n'étais qu'un pauvre « animal intellectuel
» condamné à la peine de vivre, j'étais
tombé de mal en pis en me réincorporant sans
cesse dans des organismes masculins ou féminins,
selon le « devoir » et « l'avoir »
du Karma.
Je
confesse sans ambages que c'est bien inutilement que travaillait
ma Mère Nature en me créant des corps ; je
les détruisais toujours, par mes vices et mes passions.
Comme
si c'était une malédiction insupportable,
chacune de mes existences se répétait à
l'intérieur de la ligne en spirale, sur des courbes
de plus en plus basses. Indubitablement, je m'étais
précipité sur le chemin involutif, descendant.
Je
me vautrais comme un porc dans la fange abjecte de tous
les vices et je ne m'intéressais pas le moins du
monde aux questions spirituelles. Il est incontestable que
j'étais devenu un cynique irréductible : il
s'avère très clair que n'importe quel type
de châtiment, si grave qu'il fût, était
en fait condamné à l'échec.
On
dit que le collier du Bouddha a cent huit grains : ceci
nous indique le nombre de vies qui est assigné à
toute âme.
Je
dois souligner le fait que la dernière de ces cent
huit existences fut pour moi quelque chose de définitif.
En effet, j'y suis entré dans l'involution du Royaume
Minéral Submergé. La dernière de ces
personnalités fut de sexe féminin et il est
évident que de m'être vautré dans le
lit de Procuste m'a alors servi de passeport pour l'Enfer.
Dans
le ventre minéral de ce monde, je blasphémais,
maudissais, injuriais, insultais, forniquais épouvantablement
et dégénérais de plus en plus sans
jamais faire preuve de repentir.
Je
me sentais tomber dans l'abîme lointain du passé
; la forme humaine me dégoûtait ; je préférais
assumer dans ces abîmes des figures de bêtes
; ensuite, je ressemblais à une plante, à
une ombre qui se glissait ici et là ; enfin je sentis
que je me fossilisais. Me transformer en pierre ?. Quelle
horreur !. Cependant, puisque j'étais tellement dégénéré,
cela non plus ne m'importait pas.
Voir,
tel un lépreux de la cité des morts vivants,
tomber mes doigts, mes oreilles, mon nez, mes bras et mes
jambes, n'est certainement rien d'agréable ; néanmoins,
cela non plus ne m'émouvait pas.
Je
forniquais sans cesse dans le lit de Procuste avec toute
larve qui s'approchait et je sentais que je m'éteignais
comme une bougie, une chandelle ou un cierge. La vie dans
les entrailles minérales de cette planète-là
m'était devenue extrêmement fastidieuse et
c'est pour cela, comme pour tuer le temps si long et si
ennuyant, que je me suis roulé comme un porc parmi
l'immondice.
Je
m'affaiblissais épouvantablement, tout éclaté
en morceaux, et je mourais de façon pénible
; je me désintégrais avec une lenteur horrible.
Je n'avais même plus assez de force pour penser, cela
valait mieux. Enfin la « Deuxième Mort »
dont parle l'Apocalypse de Saint-Jean est arrivé
; j'ai exhalé mon dernier souffle et ensuite.
L'Essence
fut libre ; je me vis transformé en un bel enfant
; certains Deva, après m'avoir examiné minutieusement,
me permirent d'entrer par les portes atomiques qui nous
ramènent à la surface planétaire, à
la lumière du soleil.
Ostensiblement,
l'Ego, le Moi-Même, le Je, était mort. Mon
âme, libre, assumait maintenant la belle forme d'un
tendre enfant. Quel bonheur, mon Dieu !. Qu'elle est grande
la miséricorde de Dieu !.
L'Essence
libérée de l'Ego est profondément innocente
et pure : le Moi s'est converti, à l'intérieur
des entrailles de ce monde, en poussière cosmique.
Combien
de temps ai-je vécu dans les mondes infernaux ?.
Je ne sais pas : huit mille ou dix mille ans, peut-être.
Maintenant,
dépourvu d'Ego, je suis retourné au sentier
de type évolutif ; je suis entré au royaume
des Gnomes ou Pygmées, des êtres qui travaillent
avec le limon de la terre, des élémentaux
innocents du minéral.
Plus
tard, je suis entré aux paradis élémentaux
du règne végétal, en me réincorporant
constamment en plantes, arbres et fleurs. Combien heureux
je me sentais dans les temples de l'Eden, recevant des enseignements
au pied des Deva.
La
félicité des paradis « Jinas »
est inconcevable pour le raisonnement humain.
Chaque
famille, dans ces Edens, a ses temples et ses instructeurs
; on est rempli d'extase en pénétrant dans
le Sanctuaire des orangers ou dans la Chapelle de la famille
élémentale de la menthe poivrée ou
dans l'Eglise des eucalyptus.
En
ce qui concerne les processus évolutifs, nous devons
souligner l'énoncé suivant : « Natura
Non Facit Saltus « , la nature ne fait pas de bonds.
Il est donc évident que ce sont les états
les plus avancés du règne végétal
qui m'ont permis le passage à l'état animal.
J'ai
commencé par me réincorporer dans des organismes
très simples et, après avoir eu des millions
de corps, je finis par retourner dans des organismes chaque
fois plus complexes.
En
guise de complément à ces paragraphes, je
dois affirmer que je conserve encore des souvenirs fort
intéressants d'une de ces innombrables existences,
sur la rive d'une belle rivière aux eaux chantantes
qui, joyeuse, se précipitait toujours sur un lit
de roches millénaires. J'étais alors une humble
créature, un « spécimen » bien
particulier de la famille des Batraciens ; je me déplaçais
en faisant de petits sauts ici et là, au milieu des
bosquets.
Il
est évident que j'avais une pleine conscience de
moi-même ; je savais qu'autrefois j'avais appartenu
au règne dangereux des animaux intellectuels. Mes
meilleurs amis étaient les élémentaux
de ces végétaux qui avaient leurs racines
sur les bords de la rivière, je conversais avec eux
dans le langage universel. Je demeurais délicieusement
dans l'ombre, très loin des humanoïdes rationnels
; lorsque se présentait quelque danger, aussitôt
je me réfugiais dans les eaux cristallines.
J'ai
continué en retournant plusieurs fois dans divers
organismes avant d'avoir le bonheur de me réincorporer
dans un spécimen d'une certaine classe d'amphibies
très intelligents qui sortaient, tout joyeux, des
eaux tumultueuses de la mer pour recevoir les rayons du
soleil sur la plage sablonneuse.
Lorsqu'arriva
la terrible Parque souveraine qui fait trembler de peur
tous les mortels, je fis mes derniers adieux aux trois règnes
inférieurs et je revins dans un organisme humanoïde
; c'est ainsi que je reconquis laborieusement l'état
d'animal rationnel que j'avais autrefois perdu.
Dans
mon nouvel état de « bipède tricérébré
» ou « tricentré », je me souvenais,
j'évoquais les insolites événements
des abîmes ; je ne désirais pas le moins du
monde revenir au monde enseveli ; je voulais tirer sagement
profit du nouveau cycle de cent huit vies qu'on m'assignait
maintenant pour mon Autoréalisation intime.
L'expérience
passée avait laissé de douloureuses cicatrices
dans le fond de mon âme ; en aucune manière
je n'étais disposé à répéter
les processus involutifs des Mondes infernaux. Je savais
bien que la roue de Samsara tourne sans cesse de façon
évolutive et involutive et que les Essences, après
leur passage par le règne animal intellectuel, descendent
des milliers de fois à l'horrifiant précipice
pour éliminer les éléments subjectifs
des perceptions ; cependant, je ne désirais absolument
pas goûter une autre fois aux souffrances abyssales
et, pour cette raison, j'étais bien disposé
à profiter de mon nouveau cycle d'existences rationnelles.
A
cette époque, la civilisation de ladite planète
était parvenue à son sommet ; les habitants
de ce monde avaient des navires maritimes et aériens,
de gigantesques cités ultramodernes, un puissant
commerce et de grandes industries, des universités
de tout genre, etc. Malheureusement, cet ordre de choses
n'était en aucune façon coordonné avec
les inquiétudes de l'Esprit.
Dans
l'une quelconque de mes existences humanoïdes, la conscience
inquiète, comme ressentant une étrange terreur,
je résolus de rechercher, d'enquêter, de découvrir
le chemin secret.
Un
proverbe de la sagesse antique dit : « Lorsque le
disciple est prêt, le Maître apparaît
».
Le
Gourou, le Guide, est apparu pour me conduire des ténèbres
à la lumière ; il m'a enseigné les
Mystères de la Vie et de la Mort ; il m'a indiqué
le Sentier en Lame de Rasoir. C'est ainsi que j'ai connu
le Mystère de la Fleuraison d'Or ; je comprenais
à fond ma propre situation ; je savais que je n'étais
rien d'autre qu'un pauvre homoncule rationnel, mais j'aspirais
à me convertir en un Homme Véritable, et il
est évident que j'y suis parvenu en ce grand Jour
Cosmique, en cet avant-hier sidéral, longtemps, longtemps
avant le Mahamanvantara du Padma ou du Lotus d'Or.
Malheureusement,
en ces temps si lointains, alors que je commençais
à peine mes études ésotériques
au pied du Maître, je ne jouissais d'aucune fortune
; ma famille, des « habitants de ce monde »,
vivait dans la pauvreté : une soeur qui veillait
sur la maison gagnait de misérables centimes au marché
public en vendant des fruits et des légumes ; j'avais
l'habitude de l'accompagner. Un jour, on m'a enfermé
dans une horrible prison sans motif d'aucune espèce.
Je suis resté longtemps derrière les barreaux
cruels de cette geôle ; cependant, et ceci est curieux,
personne ne m'accusait ; il n'existait pas de délit
pour lequel me poursuivre ; il s'agissait d'un cas bien
spécial et, pour comble, mon nom ne figurait même
pas sur la liste des détenus. Evidemment, il y avait
une sorte de persécution secrète contre les
Initiés ; c'est ce que je finis par comprendre.
Patiemment,
dans l'espoir de quelque occasion, je guettais l'instant
propice pour m'évader. J'ai essayé plusieurs
fois, en vain, mais à la fin, un jour parmi tant
d'autres, les gardes, sans que je sache comment ni pourquoi,
oublièrent une porte, la laissant ouverte ; il est
indéniable que je n'étais en aucune façon
disposé à perdre cette chance tant désirée
: en quelque secondes je sortis de cette prison, faisant
ensuite certains détours sur une place de marché
dans l'intention de semer des policiers qui m'avaient retracé
et qui me poursuivaient ; de toute façon, je réussis
à m'échapper et je m'éloignais de cette
ville pour toujours.
Je
conclurai le présent chapitre en disant que c'est
seulement en travaillant dans la Forge Ardente de Vulcain
que je suis alors parvenu à me convertir en un Homme
Authentique.
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