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MFO38 La Loi de la Récurrence
C'est
par une série de récits insolites que je veux
expliquer maintenant ce qu'est la Loi de Récurrence.
Assurément, cette loi n'a jamais été
pour moi quelque chose de nouveau, d'étrange ou d'extravagant
: au nom de Cela qui est le Divin, je dois affirmer avec
énergie que cette règle pragmatique, je ne
l'ai connue qu'à travers les événements
inusités de mon vécu.
Rendre
compte de tout ce que, réellement, nous avons expérimenté
directement, est un devoir envers nos semblables. Jamais
je n'ai voulu m'échapper, m'esquiver intellectuellement
de cette multiple variété de souvenirs en
relation avec mes trois dernières existences antérieures
et avec ce qui correspond à ma vie actuelle. Pour
le bien de la grande cause pour laquelle nous luttons intensément,
je préfère payer mon dû, assumer mes
responsabilités, confesser franchement mes erreurs
en m'en remettant au verdict solennel de la conscience publique.
En
toute franchise et sans ambages, il est opportun de déclarer
ici même que j'ai été, en Espagne, le
marquis Juan Conrado, troisième grand Seigneur de
la province de Grenade.
C'était,
incontestablement, l'époque dorée du fameux
Empire d'Espagne : le cruel conquistador Hernan Cortes,
une personne perfide, avait transpercé de son épée
le coeur du Mexique tandis que l'impitoyable Pizarro, au
Pérou, faisait fuir les cent mille vierges.
Tout
comme beaucoup de nobles et de plébéiens,
d'aventuriers et de pervers qui, en quête de fortune,
s'embarquaient constamment pour la Nouvelle Espagne, je
ne pouvais d'aucune manière être une exception.
Dans
une simple caravelle, fragile et légère, je
naviguais durant plusieurs mois sur l'océan orageux
dans le but de parvenir à ces terres d'Amérique.
Il
n'est pas superflu de certifier que jamais je n'ai eu l'intention
de saccager les temples sacrés des augustes Mystères,
ni de conquérir des peuples ou de détruire
des citadelles. Si j'ai parcouru ces terres d'Amérique,
c'est, je l'affirme, en quête de fortune ; malheureusement,
j'ai commis quelques erreurs. Il est nécessaire de
les étudier pour connaître les parallèles
et constater concrètement comment fonctionne la sage
Loi de la Récurrence.
C'était
mon temps de « Bodhisattva tombé », et
je n'étais certes pas une douce brebis.
Les
siècles ont passé, et comme j'ai la conscience
éveillée, il est évident que jamais
je n'ai pu oublier toutes ces sottises.
Le
premier parallèle que nous devons étudier
correspond exactement à mon corps physique actuel.
Après
être arrivé de la mère patrie dans une
frêle embarcation, je m'établis tout près
des falaises, sur les côtes de l'Atlantique.
En
ces jours de la conquête espagnole, il y avait, malheureusement,
ce trafic international relatif à l'infâme
vente des noirs africains.
Alors,
pour le bien ou pour le mal, j'ai connu une noble famille
de couleur, originaire d'Algérie.
Je
me souviens encore d'une petite demoiselle très noire,
et aussi belle qu'un rêve miraculeux des Mille et
Une Nuits. Si j'ai partagé avec elle le lit des plaisirs
dans le jardin des délices, c'est que j'étais,
réellement, mû par l'aiguillon de la curiosité
; je voulais connaître le résultat de ce croisement
racial. Que de ce croisement soit né un rejeton mulâtre,
il n'y a là rien d'extraordinaire ; puis vint le
petit-fils, l'arrière-petit-fils et l'arrière
arrière-petit-fils.
En
ces temps de Bodhisattva tombé, j'avais oublié
les fameuses marques astrales qui ont leur origine dans
le coït et que tout désincarné porte
dans son Karmasaya.
Il
s'avère clair et manifeste que ces marques nous mettent
en relation avec les gens et le sang associés par
le coït chimique ; soulignons, en passant, que les
Yogis de l'Inde ont déjà consacré à
ce sujet des études minutieuses.
Il
n'est pas inutile de déclarer que mon corps physique
actuel provient de ladite copulation métaphysique
; en d'autre mots, je dirai que c'est ainsi que j'en suis
venu à être revêtu de la chair que je
porte dans mon existence présente. Mes ancêtres
paternels furent précisément les descendants
de cet acte sexuel du Marquis.
C'est
une chose étonnante que nos descendants, à
travers le temps et la distance, deviennent nos ascendants.
Il est merveilleux qu'après quelques siècles,
nous venions nous revêtir à nouveau de notre
propre chair, nous convertir en fils de nos propres fils.
Des
voyages incessants à travers ces terres de la Nouvelle
Espagne caractérisèrent la vie du Marquis,
voyages qui furent répétés dans mes
existences subséquentes, l'actuelle incluse.
Litelantes,
comme toujours, était à mes côtés,
supportant patiemment toutes ces bêtises de mon temps
de Bodhisattva tombé. En arrivant à l'automne
de la vie, dans chacune de mes réincarnations, je
confesse sans ambages que toujours j'ai fini par aboutir
avec la « Fossoyeuse », je veux parler d'une
antique initiée pour laquelle j'abandonnais toujours
mon épouse et qui, d'une existence à l'autre,
accomplissait son devoir de me donner une sépulture
chrétienne. Au déclin de ma vie présente,
elle revint vers moi, cette antique initiée ; je
la reconnus immédiatement, mais étant donné
qu'à présent je ne suis plus tombé,
je l'ai répudiée avec douceur ; elle s'est
éloignée, affligée.
Revêtu
de cette personnalité hautaine, voire même
insolente, du Marquis, j'ai entrepris le retour à
la mère patrie, après une certaine querelle
dégoûtante motivée par un chargement
de diamants bruts extraits d'une mine fort riche.
Pour
le bien de nombreux lecteurs, il n'est pas superflu de mettre
une certaine insistance pour affirmer crûment qu'après
un court intervalle dans la région des morts, j'ai
dû entrer à nouveau en scène en me réincarnant
en Angleterre. Je suis entré dans l'illustre famille
Bleler et on me baptisa du pieux prénom de Siméon.
Dans la fleur de ma jeunesse, je suis passé en Espagne,
mû par l'intense désir intime de retourner
en Amérique. C'est ainsi que travaille la Loi de
la Récurrence.
Indubitablement,
les mêmes scènes se sont répétées,
dans l'espace et dans le temps, des drames identiques, des
adieux similaires, etc., y compris, comme il se doit, le
voyage à travers l'océan tumultueux.
Intrépide,
je sautais à terre sur les côtes tropicales
de l'Amérique du Sud, habitées alors par différentes
tribus. En explorant de vastes régions couvertes
de forêts qui regorgeaient de bêtes féroces,
j'atteignit la vallée profonde la Nouvelle Grenade,
au pied des montagnes de Montserrat et Guadeloupe : beau
pays gouverné par le vice-roi Solis.
Il
est indéniable qu'en ce temps-là en fait,
je commençais à payer le Karma que je devais
depuis les années du Marquis.
Parmi
ces créoles de la Nouvelle Espagne, mes efforts pour
obtenir un travail bien rémunéré se
révélaient inutiles ; désespéré
par ma mauvaise situation économique, je m'enrôlais
comme simple soldat dans l'armée du Souverain : là,
au moins, je trouvais pain, vêtement et refuge.
Un
jour de fête, il arriva que de très bon matin,
les troupes de sa Majesté s'apprêtaient à
rendre des honneurs très spéciaux à
leur chef, et pour cela se distribuaient ici et là,
effectuant des manoeuvres dans le but d'organiser des files.
Je
me souviens encore d'un certain sergent antipathique et
querelleur qui, passant en revue son bataillon, lançait
des cris, maudissait, frappait, etc. Tout à coup,
s'arrêtant devant moi, il m'insulta gravement parce
que mes pieds n'étaient pas dans la position militaire
correcte, puis, examinant minutieusement mon veston, il
me souffleta perfidement.
Ce
qui arriva par la suite n'est pas bien difficile à
deviner : on ne peut jamais rien attendre de bon d'un Bodhisattva
tombé. Sans aucune réflexion, stupidement,
j'enfonçais ma baillonnette acérée
et sanguinaire dans sa poitrine aguerrie.
L'homme
tomba à terre, blessé mortellement ; on entendait
partout des cris de frayeur, mais je fus astucieux et, profitant
précisément de la confusion, du désordre
et de l'épouvante, je m'échappais de cet endroit,
poursuivi de très près par la soldatesque
bien armée.
J'empruntais
plusieurs chemins en direction des côtes escarpées
de l'océan Atlantique ; je me cachais n'importe où,
et j'évitais toujours de passer par les barrages
douaniers en faisant de grands détours à travers
la forêt.
Dans
les chemins carrossables, qui étaient très
rares en ce temps-là, passaient à côté
de moi des voitures tirées par une paire de vigoureux
coursiers : dans ces véhicules voyageaient des gens
qui n'avaient pas mon Karma, des personnes riches.
Un
jour, au bord du chemin, près d'un village, je trouvais
une humble auberge et y pénétrais, dans l'esprit
de boire un verre, histoire de me redonner un peu de courage.
Stupéfait,
interdit, ébahi, je découvris que la patronne
de ce commerce était Litelantes !. Oh !, je l'avais
tellement aimée et maintenant je la retrouvais mariée
et mère de plusieurs enfants. Quelle réclamation
pouvais-je faire ?. Je payais la note et je sortis, le coeur
déchiré.
Je
continuais à marcher sur le sentier lorsqu'avec une
certaine crainte, je pus constater que quelqu'un venait
derrière moi : le fils de la dame, une espèce
d'alcade, de maire rural. Le jeune homme prit la parole
pour me dire : « Selon l'article 16 du Code du vice-roi,
vous êtes en état d'arrestation ». J'essayais,
inutilement, de le suborner : le jeune homme, bien armé,
me conduisit devant les tribunaux et il est évident
qu'après avoir été condamné,
je dus payer, par un très long emprisonnement, la
mort du Sergent.
Lorsqu'on
me remit en liberté, je longeais les rives sauvages
et terribles du puissant fleuve Magdalena, exerçant
de très durs travaux matériels partout où
j'en avais l'occasion.
En
guise de parenthèse intéressante dans ce chapitre,
je dois dire que l'Essence de cet alcade à cause
duquel j'ai dû supporter tant d'amertumes, enfermé
dans une immonde basse-fosse, est retournée avec
un corps féminin ; elle est maintenant ma fille ;
en passant, elle est même, aujourd'hui, mère
de famille et m'a donné quelques petits-enfants.
Avant sa réincorporation, j'ai interrogé cette
âme dans les mondes suprasensibles ; je lui ai demandé
la raison qui la poussait à me vouloir pour père
; elle me répondit en disant qu'elle avait du remords
pour le mal qu'elle m'avait causé et qu'elle voulait
se distinguer par une bonne conduite avec moi, afin d'amender
ses erreurs. J'avoue qu'elle est en train de remplir son
engagement.
A
cette époque, je me suis établi sur les côtes
de l'océan Atlantique, après d'infinies amertumes
karmiques, revenant ainsi sur tous les pas de l'insolent
marquis Juan Conrado. Le mieux que j'aie fait fut d'avoir
étudié l'ésotérisme, la médecine
naturelle, la botanique.
Les
nobles aborigènes de ces terres tropicales m'offrirent
leur amour reconnaissant pour mon labeur de Galien : je
les guérissais toujours de façon désintéressée.
Une
chose insolite se produisit un jour : il s'agit de la spectaculaire
apparition d'un grand seigneur venu d'Espagne. Ce gentilhomme
me raconta ses infortunes. Il apportait dans son navire
toute sa fortune et les pirates le poursuivaient. Il voulait
un endroit sûr pour ses abondantes richesses.
Fraternellement,
je lui apportais la consolation et lui proposais même
de creuser une grotte pour y garder ses richesses : le sieur
accepta mes conseils, non sans exiger de moi auparavant
un solennel serment d'honnêteté et de loyauté.
Avec
la fraîcheur de la sincérité et le parfum
de la courtoisie, nous nous sommes tous les deux mis d'accord.
Ensuite j'ai donné des ordres à mes gens,
un groupe très choisi d'aborigènes : ces derniers
entrouvrirent l'écorce de la terre. Une fois le trou
fait, nous y déposâmes, avec une grande diligence,
une grande malle et un coffre plus petit contenant des pépites
d'or massif et de précieux joyaux d'une valeur incalculable.
Au moyen de certains exorcismes magiques, j'obtint l'enchantement
du « trésor bien gardé », comme
dirait Don Mario Roso de Luna, dans le but de le rendre
invisible aux désagréables yeux de la convoitise.
Le
gentilhomme m'a très bien rémunéré
en me remettant généreusement une bourse de
pièces d'or, puis il s'éloigna de ces lieux
avec l'intention de revenir à sa mère patrie
pour en ramener sa famille, car il désirait s'établir
de manière seigneuriale sur ces belles terres de
la Nouvelle Espagne.
Le
sablier du destin n'est jamais en repos ; passèrent
les jours, les mois et les années, et l'honnête
homme ne revint jamais ; peut-être est-il mort sur
sa terre ou tombé victime de la piraterie qui alors
infestait les sept mers, je ne sais.
Il
y a des concours de circonstances sensationnels dans la
vie ; un jour, dans ma présente incarnation, me trouvant
loin de ma terre mexicaine, je conversais sur ce sujet avec
un groupe de frères gnostiques parmi lesquels se
distinguait par sa sagesse le Maître Gargha Kuichines.
C'est alors que j'eus une formidable surprise : je vis avec
un étonnement mystique le Souverain Commandeur GK
se lever pour confirmer de façon péremptoire
mes paroles. Ce Maître nous informa qu'il avait vu
personnellement ce récit, écrit en vers sublimes.
Il nous parla d'un vieux livre poussiéreux et regrettait
de l'avoir prêté. Que Dieu et Sainte-Marie
me gardent !. Si jamais je connaissais l'existence de ce
traité.
Certaines
traditions très anciennes nous disent que beaucoup
de gens de ces côtes des Caraïbes ont cherché
le trésor de Bleler. Le plus curieux, c'est que ces
nobles aborigènes qui jadis avaient enterré
une aussi grande fortune s'étaient de nouveau réincorporés
en formant le groupe du Summum Supremum Sanctuarium. C'est
ainsi que travaille la Loi de Récurrence.
Je
me souviens clairement qu'après cette existence tumultueuse
sous la personnalité anglaise en question, je fus
constamment invoqué par ces personnes qui se consacraient
au spiritisme ou au spiritualisme. Ils voulaient que je
leur dise l'endroit où se trouvait conservé
l'or délicieux ; ils convoitaient le trésor
de Bleler ; cependant, il est évident que, fidèle
à mon serment dans la région des morts, je
n'ai jamais voulu leur livrer le secret.
Revenant
sur les traces de l'insolent marquis Juan Conrado, dans
mon existence subséquente, je vins me réincarner
au Mexique ; on me baptisa du nom de Daniel Coronado ; je
naquis au nord, dans les environs d'Hermosillo, tous ces
endroits ayant été connus à une autre
époque par le Marquis. Mes parents voulaient pour
moi tout le bien possible et, tout jeune encore, ils m'inscrivirent
à l'Académie militaire, mais ce fut en vain.
Un
jour parmi tant d'autres, j'ai mal employé une fin
de semaine à festoyer et à m'enivrer avec
des amis écervelés. J'avoue encore avec une
certaine honte que j'ai dû revenir à la maison
avec l'uniforme de cadet sale, déchiré et
avili. Il va sans dire que mes parents furent très
déçus.
Il
est ostensible que je ne suis jamais retourné à
l'Académie militaire ; c'est, indubitablement, à
partir de ce moment qu'a commencé mon chemin d'amertumes.
Heureusement,
j'ai alors rencontré de nouveau Litelantes ; elle
se trouvait réincarnée sous le nom de Ligia
Paca (ou Francisca) : cette fois, enfin, elle m'eut pour
époux.
Faire
la biographie de quelque vie que ce soit s'avère,
en fait, un travail très difficile, car la matière
est très riche, et c'est pourquoi je me contente
de faire ressortir certains détails, à des
fins ésotériques.
Le
moins que je puisse dire, c'est que je ne jouissais pas
d'une situation aisée, je gagnais difficilement le
pain de chaque jour ; souvent, je mangeais grâce au
misérable salaire de Ligia ; elle était une
pauvre maîtresse d'école rurale et, pour comble,
je la tourmentais avec mon exécrable jalousie. Je
ne voulais pas voir d'un bon oeil tous ses collègues
de l'enseignement qui lui offraient leur amitié.
Néanmoins,
j'ai fait une chose utile à cette époque :
j'ai formé un beau groupe ésotérique
gnostique en plein District fédéral : les
étudiants de cette congrégation, dans mon
existence actuelle, en accord avec la Loi de la Récurrence,
sont retournés vers moi.
Durant
le sanglant régime de Porfirio Diaz, j'ai eu un emploi
certes pas très agréable dans la police rurale.
J'ai commis l'erreur impardonnable de traduire en justice
le fameux « Golondrino », dangereux bandit qui
dévastait la contrée ; ce malfaiteur mourut
fusillé. Dans mon existence actuelle, je l'ai rencontré
à nouveau, réincorporé dans un corps
humain féminin ; elle souffrait de délire
de persécution, elle craignait qu'on l'incarcère
pour vol ; elle luttait pour se défaire de liens
imaginaires ; elle croyait alors qu'on allait la fusiller.
Il est clair qu'en guérissant cette malade, j'ai
annulé ma dette ; les psychiatres avaient lamentablement
échoué : ils n'avaient pas été
capables de la soigner.
Au
moment où éclata la rébellion contre
Don Porfirio Diaz, j'abandonnais le funeste poste dans la
police rurale ; alors, avec d'humbles prolétaires
au pic et à la pelle, de pauvres ouvriers tirés
des fermes des patrons, j'organisais un bataillon. Elle
était certainement admirable, cette valeureuse poignée
d'humbles gens à peine armés de machettes,
car personne n'avait assez d'argent pour acheter des armes
à feu. Heureusement, le général Francisco
Villa nous reçut dans la Division du Nord ; là,
on nous donna des chevaux et des fusils.
Nul
doute qu'en ces années de tyrannie, nous luttions
pour une grande cause ; le peuple mexicain gémissait
sous les bottes de la dictature.
Au
nom de la vérité, je dois dire que ma personnalité
en tant que Daniel Coronado fut, à coup sûr,
un échec ; l'unique chose pour laquelle il valut
la peine de vivre fut pour le groupe ésotérique
dans le District fédéral, et pour mon sacrifice
dans la Révolution.
Je
dis à mes compagnons de la rébellion : j'ai
abandonné les rangs lorsque je suis tombé
gravement malade. Dans les derniers jours de cette vie tumultueuse,
j'ai parcouru les rues du District fédéral,
nu-pieds, les vêtements en lambeaux, affamé,
vieux, malade et mendiant.
Avec
un profond chagrin, je confesse franchement que j'ai fini
par mourir dans une immonde baraque. Je me souviens encore
de cet instant où le médecin, assis sur une
chaise, après m'avoir examiné, s'exclama en
bougeant la tête : « C'est un cas perdu ».
Après quoi il se retira.
Ce
qui suivit immédiatement est terrible : je sens un
froid épouvantable comme un glaçon de mort.
A mes oreilles parviennent des cris de désespoir
: « Saint-Pierre, Saint-Paul, aidez le ! ».
Ainsi s'écrie cette femme que je nomme la «
Fossoyeuse ».
D'étranges
mains squelettiques me saisissent par la taille et me tirent
du corps physique ; nul doute que c'est l'Ange de la Mort
qui est intervenu : résolument, il coupe avec sa
faux le cordon d'argent, puis il me bénit et s'éloigne.
Mort
bénie, combien de temps cela faisait-il que je t'attendais,
enfin tu arrivais à mon aide ; avait-elle été
assez amère, mon existence !.
Je
reposais heureux dans les mondes supérieurs, après
d'innombrables amertumes : il est certain que la souffrance
humaine des mortels a aussi sa limite, au-delà de
laquelle règne la paix.
Malheureusement,
il ne dura pas longtemps, ce repos dans le sein profond
de l'Eternité : un jour, tout doucement, l'un des
brillants Seigneurs de la Loi vint vers moi. Il prit la
parole et dit : « Maître Samaël Aun Weor,
tout est prêt, suivez-moi ». J'ai répondu
aussitôt : « Oui, vénérable Maître,
c'est bien, je vous suis ». Nous avons alors passé
ensemble par divers endroits et avons finalement pénétré
dans une maison seigneuriale ; nous avons traversé
une cour, puis une salle, et ensuite nous sommes entrés
dans la chambre de la parturiente : nous l'avons entendu
se plaindre et souffrir des douleurs de l'enfantement.
C'est
à cet instant mystique que j'ai vu avec étonnement
le cordon d'argent de mon existence actuelle connecté
psychiquement à l'enfant qui était sur le
point de naître. Quelque instants plus tard, cette
créature inspirait avec avidité le Prana de
la vie : je me suis senti attiré vers l'intérieur
de ce petit organisme, puis j'ai pleuré de toutes
les forces de mon âme.
J'aperçus
autour de moi quelques personnes qui souriaient, et j'avoue
que mon attention fut tout particulièrement sollicitée
par un géant qui me regardait avec affection ; c'était
mon progéniteur terrestre.
Il
n'est pas superflu de dire, avec une certaine insistance,
que ce bon auteur de mes jours fut, à l'époque
médiévale, au temps de la chevalerie, un noble
seigneur que j'eus à vaincre dans de sanglantes batailles.
Il jura alors de se venger et il est clair qu'il a rempli
sa promesse par mon existence présente.
J'ai
abandonné la maison paternelle très jeune,
mû par de douloureuses circonstances, et j'ai voyagé
par tous ces endroits où j'étais allé
auparavant, au cours de mes existences passées. Les
mêmes drames se sont répétés,
les mêmes scènes : Litelantes est apparue à
nouveau sur mon chemin ; j'ai retrouvé mes vieux
amis, j'ai voulu leur parler, mais ils ne m'ont pas reconnu,
mes efforts furent inutiles pour leur faire se rappeler
nos jours révolus.
Néanmoins,
quelque chose de nouveau s'est produit dans ma présente
réincarnation : mon Etre Réel intérieur
fit des efforts désespérés, terribles,
pour me ramener sur le droit chemin duquel je m'étais
détourné depuis longtemps.
Je
confesse franchement que j'ai dissous l'Ego et que je me
suis levé de la boue de la terre.
Il
est évident que le Moi est soumis à la Loi
de récurrence, lorsque le « Moi-Même
» est dissous, nous acquérons la liberté,
nous nous affranchissons de ladite loi.
La
pratique m'a enseigné que les différentes
scènes des diverses existences se déroulent
à l'intérieur de la spirale cosmique, en se
répétant toujours sur des spires soit plus
hautes, soit plus basses.
Tous
les faits et gestes du Marquis, y compris ses innombrables
voyages, se répétèrent toujours, sur
des spires chaque fois plus basses, dans les trois réincarnations
subséquentes.
Il
existe, dans le monde, des personnes effectuant une répétition
automatique exacte ; des gens qui renaissent toujours dans
le même peuple et dans la même famille. Il est
évident que les Egos de ces gens connaissent alors
leur rôle par coeur et vont même jusqu'à
s'offrir le luxe de prophétiser sur eux-mêmes
; ainsi donc, la constante répétition leur
permet de se souvenir des événements, c'est
pour cette raison qu'ils semblent être des devins.
Ces
personnes étonnent souvent leurs proches par l'exactitude
de leurs pronostics.
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