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MFO19 Le Démon Algol
Il
est important de répéter parfois certaines
phrases, lorsqu'on essaie de comprendre : il n'est pas superflu
d'insister sur ce que nous avons dit dans le chapitre treize.
Je veux faire allusion à l'alcool.
Il n'est pas nécessaire de discuter longuement sur
les effets de l'alcool. Son nom arabe lui-même (tout
comme celui de l'étoile Algol qui représente
la Tête de la Méduse, tranchée par Persée)
veut dire tout simplement le Démon.
Et
qu'il s'agisse effectivement d'un Démon ou d'un esprit
maléfique, lorsqu'il prend possession de l'homme,
cela est évident et facilement démontrable
par ses effets, qui vont de l'ivresse au delirium tremens
et à la folie, se transmettant chez les descendants
sous forme de paralysie et d'autres tares héréditaires.
Il
est incontestable qu'étant un produit de désintégration,
qui est aussi fabriqué dans notre organisme, parmi
ceux que l'on élimine par la peau, il a une tendance
vibratoire désagrégeante, dissolvante et destructrice,
desséchant nos tissus et détruisant les cellules
nerveuses, lesquelles, graduellement, se trouvent remplacées
par des cartilages.
Il
est clair et manifeste que l'alcool tend à éliminer
la capacité de penser indépendamment (puisqu'il
stimule fatalement la fantaisie) et de juger sereinement,
de même qu'il affaiblit épouvantablement le
sens éthique et la liberté individuelle.
Les
dictateurs de tous les temps, les tyrans, n'ignorent pas
qu'il est plus facile de gouverner et d'asservir un peuple
de buveurs qu'un peuple d'abstinents.
Il
est également connu qu'en état d'ébriété,
quelqu'un peu accepter n'importe quelle suggestion et accomplir
des actes qui vont à l'encontre de ses habitudes
et de son sens moral. L'influence de l'alcool sur les crimes
est trop notoire pour qu'il y ait besoin d'insister.
L'alcool
monte, horrifiant, du précipice, et retombe dans
l'abîme de perdition ; c'est la substance maligne
qui caractérise de façon intime les «
Mondes Infernaux », où l'on entend seulement
des jurons, des hurlements, des sifflements, des hennissements,
des grincements, des mugissements, des ronflements et des
crissements.
L'abominable
Algol tourne sans cesse dans le cercle vicieux du temps.
Il
s'insinue partout, toujours tentateur, et semble avoir le
don d'ubiquité ; en même temps qu'il sourit
dans le gobelet en or ou en argent, sous le toit doré
d'un fastueux palace, il fait chanter le poète chevelu
dans l'horrible taverne.
Le
malin Algol est parfois très raffiné et diplomatique
; regardez-le là-bas, brillant dangereusement dans
la coupe resplendissante de fin baccarat que la femme aimée
vous offre.
Et
le poète dit que lorsque, dans le lit d'acajou douillet
et parfumé, l'amante ivre de vin commençait
à se dévêtir, l'ange gardien sortait
un moment.
Nous
allons tous vers une fin, tous nous avons notre nom dans
l'amphore fatale ; ne bois jamais, je te le dis, la liqueur
maudite, parce que si tu en bois, tu perdras vite le chemin.
«
Tu vas boire maintenant un petit vin bien fort de Sabine
dans de fines coupes, un vin qui provient d'une amphore
grecque que j'ai scellée moi-même »,
s'exclame Satan, du fond de l'abîme.
Dans
ses noires profondeurs, chaque démon accomplit sa
besogne, prenant soin des vignes, jusqu'au soleil vespéral
; et, comme on appelle un Dieu, il t'appelle quand, dans
le joyeux repas, arrive l'heure de boire le vin fermenté.
Nouvelle
divinité parmi leurs lares, les paysans t'offrent
leurs voeux et les libations du moût de leurs vignes,
et Algol sourit, Méduse perfide, en se réjouissant
avec sa victime.
Jeûnes
!, mortifications !, silices !, réclame l'anachorète
ou le pénitent dans l'aube riante, puis il conclut
le tout au milieu du festin et de l'orgie lorsque le soleil,
déjà fatigué, s'éteint à
l'occident.
Tout
ne se gâte-t-il pas avec le temps ?. Ils furent certainement
inférieurs aux rudes aïeuls, nos chers parents
; et nous sommes pires que ceux-ci ; et dans notre morne
décadence entre la boisson et la tragédie,
une vicieuse descendance nous suit.
«
Combien différente la progéniture, oui, de
quelle autre famille !,
Qui
teignit de sang punique les mers de Sicile,
Celle
qui, Piros et Antiocos, d'un seul coup abattit,
Ainsi
que le formidable Hannibal, car jusqu'à la fin elle
lui tint tête ».
«
Race virile de rustiques soldats, habituée,
A
retourner la glèbe avec la bêche sabbélique,
Colosses
obéissant à une mère sévère,
Qui
à son ordre se chargeaient à l'heure dernière
»,
«
Du jour d'énormes bûches pour le foyer coupées,
Lorsque,
dégagés de leur joug les boeufs fatigués,
S'enfonce
le soleil dans les ombres que la nuit agglutine,
Et
que dans un amical repos la ferme s'endort ».
Maintenant,
tout est passé ; cette pauvre humanité pleine
de tant d'amertumes a dégénéré
à cause du vice abominable de l'alcool.
Et
qui sont ces bêtas qui prétendent négocier
avec Satan ?. Ecoutez, mes amis, avec le sinistre Démon
Algol il n'est pas possible de faire des accommodements,
des arrangements, des manigances, en aucune façon
!. L'alcool est extrêmement traître et tôt
ou tard il nous donne le coup de poignard dans le dos.
Beaucoup
de gens de « Thelema » (Volonté) boivent
aussi peu qu'une ou deux coupes par jour, manoeuvre merveilleuse,
n'est-ce pas ?.
Arrangement
?, connivence ?, compromis ?. Ces gens n'ont pas l'expérience
de la vie ; assurément, pour leur parler dans un
langage socratique, nous pourrions leur dire que non seulement
ils ignorent, mais qu'en outre ils ignorent qu'ils ignorent.
Les
atomes de l'ennemi secret, semblables à de microscopiques
fragments de vitre, avec le devenir du temps et au milieu
des douces mélopées, des festivités
et d'une ébriété très subtile
et bien dissimulée, s'incrustent peu à peu
dans les cellules vivantes de l'organisme humain.
Ainsi,
les Divins et les humains savent bien que le Démon
Algol s'empare du corps humain très astucieusement
et très lentement, jusqu'à ce que, finalement,
un jour quelconque, il nous précipite dans l'abîme
de l'ivrognerie et de la folie.
Ecoutez-moi
bien, étudiants gnostiques ; à la lumière
du Soleil ou de la Lune, le jour comme la nuit, avec le
Démon Algol il faut être radical !. Tout marchandage,
toute transaction, diplomatie ou négociation avec
cet esprit malin nous condamne tôt ou tard à
l'échec.
Rappelez-vous,
dévots du sentier secret, que l'axe fatal de la roue
douloureuse du Samsara est huilé avec de l'alcool.
Il
est écrit en mots de feu, dans le livre de tous les
mystères, qu'avec l'alcool ressuscitent les Démons,
les Moi déjà morts, ces abominables créatures
brutales et animales qui personnifient nos erreurs psychologiques.
Puisque
la boisson est en relation avec le tattva Vayu (l'élément
air), en l'absorbant nous tomberons comme le Pentalphe renversé,
la tête la première et les jambes en l'air,
dans l'abîme de la perdition et des lamentations épouvantables
(voir le chapitre 15).
Le
puits de l'abîme, d'où monte une fumée
comme d'un grand four, pue l'alcool.
Cette
femme de l'Apocalypse de Saint-Jean, revêtue de pourpre
et d'écarlate, et parée d'or, de pierres précieuses
et de perles, et qui tient dans la main droite un calice
en or rempli d'abominations et de l'immondice de sa fornication,
boit de l'alcool ; c'est la grande prostituée dont
le nombre est 666.
Malheur
au guide religieux, au prêtre, au mystique ou au prophète
qui commet la faute de s'enivrer avec l'abominable alcool
!.
C'est
bien de travailler pour le salut des âmes, d'enseigner
la doctrine du Seigneur, mais en vérité je
vous dis qu'il n'est pas convenable de jeter des oeufs pourris
à ceux qui vous suivent.
Sacerdotes,
anachorètes, mystiques, missionnaires, qui avec amour
enseignez au peuple, pourquoi le scandalisez-vous ?. Peut-être
ignorez-vous que scandaliser les gens équivaut à
leur manquer de respect ?, à leur lancer des tomates
et des oeufs pourris ?.
Quand
donc allez-vous comprendre tout ceci ?.
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