|
MFO07 Les Moi Luxurieux
Du
fait qu'à l'âge révolu des Poissons,
l'Eglise catholique a excessivement limité la vie
morale des gens au moyen de multiples interdictions, on
ne doit donc pas être étonné si Satan
précisément, en tant qu'incarnation vivante
des appétits les plus bestiaux, occupait de manière
spéciale la fantaisie de ces personnes qui, réprimées
dans leur libre relation avec l'espèce humaine, se
croyaient obligées à une vie vertueuse exemplaire.
Ainsi et selon l'analogie des contraires, Satan envahit
le subconscient et obséda à chaque instant
le mental, d'autant plus intensément que plus ou
moins d'actions exigeaient les énergies ou les pulsions
instinctives éventuellement réprimées.
Ce
formidable désir de l'action a su accroître
d'une façon telle la libido sexuelle qu'en beaucoup
d'endroits, il a conduit à l'abominable commerce
charnel avec le « Malin ».
Le
savant Waldemar dit textuellement ce qui suit : «
A Hessmont, les nonnes furent visitées, comme le
raconte Wyer, le médecin de la maison royale de Clèves,
par un démon qui, toutes les nuits, se précipitait
comme un tourbillon d'air dans le dortoir et, soudain calme,
jouait de la cithare si merveilleusement que les religieuses
étaient poussées à danser ».
«
Ensuite il sautait, sous la forme d'un chien, dans le lit
de l'une d'elles, sur qui retombèrent finalement
les soupçons d'avoir appelé le Malin »
(Miraculeusement, l'idée n'est pas venue aux religieuses
de remettre le cas entre les mains de l'Inquisition).
Il
s'avère indiscutable que ce Démon transformé
en un chien ardent comme le feu, était un Moi luxurieux
qui, après avoir joué de la cithare, se perdait
dans le corps de sa maîtresse qui gisait dans le lit.
Pauvre
nonne victime de passions sexuelles ancestrales réprimées
de force ; comme elle a du souffrir !.
Etonnant,
le pouvoir sexuel de cette malheureuse anachorète
!. Au lieu de créer des démons dans le couvent,
elle aurait pu éliminer avec la Lance d'Eros les
bêtes submergées, si elle avait suivi le chemin
du Mariage Parfait.
Le
médecin de la maison royale Wyer décrit ensuite
un cas qui montre « l'érotomanie » des
soeurs de Nazareth à Cologne.
«
Ces nonnes avaient été harcelées durant
plusieurs années par toutes sortes d'attaques du
Diable, lorsqu'en l'an 1564 se produisit au milieu d'elles
une scène particulièrement épouvantable.
Elles furent projetées à terre, dans la posture
même de l'acte charnel, gardant les yeux fermés
pendant tout le laps de temps qu'elles demeurèrent
ainsi » (Les yeux fermés indiquent, comme le
contexte en fait foi, l'acte sexuel avec le Démon,
l'autocopulation, car il s'agit du coït avec le Moi
luxurieux projeté à l'extérieur par
le subconscient).
«
Une jeune fille de quatorze ans qui était recluse
dans le cloître, dit Wyer, fut celle qui donna le
premier indice en rapport avec cette affaire ».
«
Souvent, elle avait expérimenté dans son lit
des phénomènes inusités, ce que ses
petits rires étouffés firent découvrir,
et bien qu'on se soit efforcé de mettre en fuite
le plaisantin avec une étole consacrée, il
revenait chaque nuit ».
«
On avait décidé qu'une soeur coucherait avec
elle, afin de l'aider à se défendre, mais
la pauvre fut terrorisée dès qu'elle entendit
le bruit de la lutte ».
«
Finalement, la jeune fille devint complètement possédée
et pitoyablement secouée de spasmes ».
«
Quand elle avait une attaque, elle paraissait comme privée
de la vue, et bien qu'elle eût l'air d'être
dans toute sa raison et de sens rassis, elle prononçait
des propos étranges et inquiétants qui étaient
à la limite du désespoir ».
«
Je fis des recherches sur ce phénomène en
tant que médecin du cloître, le 25 mai 1565,
en présence du noble et avisé Constantin Von
Lyskerkern, honorable conseiller, et du maître Jean
Alternau, ancien doyen de Clèves ».
«
Se trouvaient aussi présents le maître Jean
Eshst, réputé docteur en médecine et,
finalement, mon fils Henri, lui-même docteur en pharmacologie
et en philosophie ».
«
Je lus en cette occasion de terribles lettres que la jeune
fille avait écrites à son soupirant, mais
aucun de nous ne douta un seul instant qu'elles ne fussent
écrites par la possédée durant ses
attaques ».
«
Il fut établi qu'à l'origine certains jeunes
gens qui jouaient à la balle à proximité
avaient entrepris des relations amoureuses avec quelques
nonnes et escaladaient ensuite les murs pour jouir de leurs
amantes ».
«
On découvrit la chose et on bloqua le chemin. Mais
alors le Diable, le Prestidigitateur, séduisit la
fantaisie des pauvresses en prenant la forme de leur ami
(se transformant en un nouveau Moi luxurieux), et les fit
représenter l'horrible comédie aux yeux de
tout le monde ».
«
J'envoyais des lettres au couvent, dans lesquelles j'approfondissais
toute la question et prescrivais des remèdes adéquats
et chrétiens, afin qu'avec ces mêmes remèdes
on puisse régler la malheureuse affaire ».
«
Le Diable prestidigitateur n'est ici rien d'autre que la
puissance sexuelle concrète exacerbée qui,
à partir du moment où elle ne se trouvait
plus canalisée dans le commerce avec les jeunes gens,
prit dans la fantaisie des nonnes la forme de leur ami,
et certes de manière si vive que la réalité
appréciable de l'acte revêtait, peut-être
précisément à cause de l'isolement,
des formes encore plus intenses à l'égard
de l'autre sexe ardemment désiré ; des formes
qui, plastiquement, séduisaient à un point
tel l'oeil intérieur de l'instinct déchaîné
que pour arriver à les comprendre, on devait précisément
payer les pots cassés au Diable ».
|