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MFO02 Raspoutine
Je
veux faire ressortir l'idée de base que nous devons
formuler ainsi : « Les grands fascinateurs de la lubricité
et de la luxure appartiennent bien plus au type Casanova
qu'à celui du fameux Don Juan Tenorio ».
Si le type fourbe du Don Juan reflète toutes ses
aventures amoureuses dans le méchant miroir égocentrique
de sa fantaisie raffinée, avec l'abominable intention
de rabaisser la femme, de la profaner vilement, de la violer
et de la diffamer de façon perverse par le moyen
de la copulation passionnelle unique et sans répétition
dans la progression vers le péché, cela résulte
indiscutablement d'une forme spéciale de haine masculine
contre la femme.
Par
la loi des contraires, dans le type Casanova prédomine
le désir libidineux de fascination sexuelle, basé
exclusivement sur les impulsions instinctives naturelles
et sentimentales. Malheureusement, les individus de ce genre
sont insatiables, ils souffrent et font souffrir.
Le
type Casanova est une espèce de « maître
séducteur » de la femme ; il semble avoir le
don de l'ubiquité, car on le voit partout, ici, là,
et là-bas encore ; il est comme le marin qui a une
fiancée dans chaque port ; il s'engage souvent, et
jure un amour éternel.
En
opposition au sadisme sexuel raffiné du type Don
Juan, nous découvrons dans le type Casanova l'homoncule
rationnel qui veut étouffer dans des lits de plaisir
l'insupportable ennui de sa propre existence.
Une
autre variété, heureusement peu commune, du
fascinateur de femmes pourrait être convenablement
désignée comme le « type diable ».
L'un des plus authentiques représentants de ce type
sinistre fut, sans aucun doute, le moine Gregor Raspoutine
: un étrange ascète passionné par l'au-delà
; une sorte d'hypnotiseur campagnard en habit religieux.
Il
ressort au grand jour et en pleine clarté méridienne
que la despotique force magique du « Diable Sacré
» Raspoutine est due exclusivement à sa formidable
puissance sexuelle.
Le
Tzar et la Tzarine s'agenouillaient devant lui ; ils croyaient
voir en ce moine fatal un saint vivant. Nul doute que Raspoutine
trouva l'esprit des Tzars très bien disposé
à son égard, grâce au magicien français
Papus (Dr Encausse), médecin officiel des souverains.
Waldemar
dit : « Des plus instructifs sont les mémoires
diplomatiques de l'ancien ambassadeur de France à
Saint-Pétersbourg, Maurice Paléologue, publiés
par la Revue des Deux Mondes.
«
L'Ambassadeur décrit une invocation d'esprits effectuée
par le célèbre occultiste français
Papus (Dr Encausse) et certes, selon le voeu exprès
des Tzars. Les troubles révolutionnaires de 1905
furent la cause d'une telle session ; Papus devait conjurer
la révolte au moyen d'un grand exorcisme en présence
du Tzar, de la Tzarine et de l'adjudant capitaine Mandryka.
«
Paléologue, comme garant de Papus, avec qui il avait
des relations amicales, nous informe : « A l'aide
d'une intense concentration de sa volonté et d'un
extraordinaire accroissement de son dynamisme fluidique,
le Mage a réussi à évoquer le spectre
du très pieux Tzar Alexandre III : des signes indubitables
ont prouvé la présence de l'esprit invisible
».
«
Malgré l'angoisse qui lui opprimait le coeur, Nicolas
II demanda, de toute façon, à son père,
s'il devait réagir ou non contre le courant libéral
qui menaçait de balayer la Russie. Le fantôme
répondit : « Tu dois extirper, coûte
que coûte, la révolution naissante. Mais un
jour elle renaîtra et sera plus violente, d'autant
plus violente que sera dure l'actuelle répression.
N'importe !, courage, mon fils !, ne cesse pas de lutter
! ».
Waldemar,
le sage, dit : « Le Tzar, comme croyant notoire aux
esprits, devait donc prêter un grand intérêt
à un homme qui, comme Raspoutine, venait précédé
d'une grande renommée comme guérisseur miraculeux
».
«
Le moine paysan provenait aussi de la catégorie,
si répandue dans la Russie de l'époque, de
ceux qu'on appelait les magiciens de village, possédant
un magnétisme vital si extraordinaire, dû à
son insolite puissance sexuelle, qu'il a dû produire
l'effet d'une force primitive faisant irruption dans les
cercles de la noblesse de Pétersbourg, alors en partie
dégénérée ».
«
L'une de ses premières prouesses à la cour
fut de traiter magnétiquement l'héritier du
trône, atteint d'hémophilie, parvenant à
contenir ses hémorragies, chose que les médecins
n'avaient pas réussie ».
Le
savant Waldemar poursuit en disant : « A partir de
cet instant, les grands ducs, les ministres et toute la
camarilla de la noblesse tremblèrent devant lui,
car le fait qu'il avait entre ses mains la vie du Tzarévitch
lui avait gagné la confiance illimitée du
Tzar et de la Tzarine. Et cette confiance, il sut l'utiliser
à son profit de façon très cavalière
; il dirigea à son gré les Tzars et, par conséquent,
la Russie ».
«
Son pouvoir augmentant constamment, un groupe d'adversaires
de haut lignage et de position élevée, à
la tête de qui se trouvaient le prince Yussupov et
le grand Duc Pavlovitsch, décida de supprimer l'importun
« Moine Miraculeux ».
«
Et ainsi, lors d'un souper donné au palais du prince,
on servit au moine invité des mets et des boissons
empoisonnés avec du cyanure de potassium à
une dose tellement forte qu'elle aurait suffi pour tuer
une vingtaine d'hommes ou plus en quelques secondes. Mais
Raspoutine a mangé et bu avec un appétit croissant
; le poison ne semblait produire aucun effet sur lui ».
«
Les conjurés s'inquiétèrent, mais continuèrent
à inciter celui qu'ils haïssaient à manger
et à boire encore plus. Cependant le poison n'avait
toujours aucun pouvoir sur le Moine miraculeux ; au contraire,
le maudit semblait se sentir toujours plus à son
aise ».
«
En conséquence, les conjurés convinrent que
Yussupov le tuerait avec un pistolet ; le prince tira donc
et Raspoutine s'effondra à plat ventre sur le sol,
et les conjurés le crurent mort ».
«
Yussupov, qui avait atteint le moine à la poitrine,
commença à faire le tour du corps mais, à
sa grande frayeur, Raspoutine lui donna une poussée,
se leva sur ses pieds et, à pas lourds, essaya de
s'échapper de la pièce. Alors, le conjuré
Purischkjewitsch tira quatre coups de feu contre le moine
qui s'écroula de nouveau, se leva une autre fois,
puis fut accablé de coups de bâtons et de coups
de pieds par le furieux Purischkjewitsch, jusqu'à
ce qu'il parût définitivement mort. Mais la
vitalité de Raspoutine était telle qu'il donna
encore des signes de vie lorsque les conjurés mirent
son corps robuste dans un sac, qu'ils attachèrent,
le précipitant ensuite du haut d'un pont dans la
Neva glacée ».
Ce
fut la fin tragique d'un homme qui aurait pu s'autoréaliser
à fond. Malheureusement, le moine Gregor Raspoutine
n'a pas su utiliser sagement la formidable puissance sexuelle
dont la nature l'avait doté, et il tomba au niveau
de la plus basse sensualité.
Un
soir, on me proposa d'investiguer de façon directe
sur le désincarné Raspoutine.
Etant
donné que je connais en profondeur toutes les fonctions
psychiques de l'Eidolon (le Corps Astral de l'homme authentique),
il ne me fut pas difficile de réaliser un dédoublement
magique.
Revêtu
donc de ce corps sidéral dont a tant parlé
Philippe Théophrast Bombast Von Hohenheim, dit Paracelse,
j'abandonnais mon corps physique pour me déplacer
librement dans la cinquième dimension de la nature,
dans le Monde Astral.
Ce
que je vis à l'aide du « sens spatial »
(avec l'OEil d'Horus) fut terrible. Il n'est pas superflu
de préciser que je dus pénétrer dans
une taverne épouvantable où l'on ne voyait
que des barils remplis de vin, parmi lesquels se glissaient
ici, là et partout une multitude de créatures
horripilantes qui ressemblaient à des hommes.
Je
cherchais Raspoutine, le Diable Sacré, je voulais
converser avec cet étrange moine devant lequel tremblèrent
tant de princes, comtes, ducs et marquises de la noblesse
russe : mais voici qu'au lieu d'un seul « Moi »,
je voyais une foule de « Moi » et tous constituaient
l'Ego lui-même du moine Gregor Raspoutine.
J'avais
par conséquent devant ma vue spirituelle, dans toute
la présence de mon Etre cosmique, un monceau de diables
; un Moi Pluralisé, à l'intérieur duquel
n'existait qu'un seul élément digne : je veux
parler de l'Essence.
Ne
trouvant donc pas de sujet responsable, je m'adressais à
l'une de ces abominables et grotesques créatures
qui passait près de moi : « Voici l'endroit
où tu as fini par aboutir, Raspoutine. C'est le résultat
de ta vie désordonnée et de tant d'orgies
et de vices ».
«
Tu fais erreur, Samaël, répondit la monstrueuse
figure, comme pour se défendre ou pour justifier
sa vie sensuelle, ajoutant ensuite : « A toi, il te
manque la ligne de l'intuition ».
«
Tu ne peux pas me tromper, Raspoutine », furent mes
dernières paroles ; puis je m'éloignais de
cet antre ténébreux situé dans les
« Limbes », dans l'Orcus (l'enfer) des classiques
; dans le vestibule du « Royaume minéral submergé
».
Si
Raspoutine n'avait pas fait dans sa vie tant d'oeuvres de
charité, à cette heure il serait en involution
dans le temps, à l'intérieur des mondes submergés,
sous l'écorce de la terre, dans la demeure de Pluton.
Plusieurs
années se sont écoulées et j'ai continué
à méditer : les êtres humains n'ont
pas encore une individualité véritable ; la
seule chose qui continue après la mort, c'est un
monceau de diables. Quelle horreur !, des mois-diables.
Chacun de nos défauts psychologiques est représenté
par l'une ou l'autre de ces abominables créatures
dantesques.
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