|
EF28 La Vieillesse
Les
quarante premières années de la vie nous donnent
le livre, les trente années suivantes, le commentaire
sur le livre.
A vingt ans un homme est un véritable paon; à
trente ans un lion; à quarante ans, un chameau; à
cinquante ans, un serpent; à soixante ans, un chien;
à soixante-dix ans, un singe, et à quatre-vingts
ans, seulement une voix et une ombre.
Le
temps révèle toutes les choses : il est un
charlatan très intéressant qui parle sans
qu'on lui ait rien demandé.
Il
n'y a rien que fasse la main du pauvre animal intellectuel
faussement appelé homme, que tôt ou tard le
temps ne détruise. Fugit irreparabile tempus : le
temps fuit de manière irréparable.
Le
temps dévoile en pleine lumière publique tout
ce qui aujourd'hui est caché, et il cache tout ce
qui en ce moment brille avec splendeur.
La
vieillesse est comme l'amour, elle ne peut être cachée
quand bien même elle revêtirait, pour se déguiser,
les habits
de
la jeunesse.
La
vieillesse abat l'orgueil des hommes et les humilie, mais
une chose est d'être humble, et une autre d'être
humilié.
Lorsque
la mort s'approche, les vieillards déçus par
la vie trouvent que la vieillesse n'est plus une charge.
Tous les hommes abritent l'espérance de vivre une
longue vie et d'atteindre le vieil âge et néanmoins
la vieillesse les effraie.
La
vieillesse commence à cinquante-six ans et se poursuit
en périodes septénaires qui nous conduisent
à la décrépitude et à la mort.
La
plus grande tragédie des vieillards consiste, non
pas dans le fait même d'être vieux, mais dans
la sottise de ne pas vouloir reconnaître qu'ils le
sont et dans la stupidité de se croire jeunes, comme
si la vieillesse était un crime.
Ce
que la vieillesse a de mieux, c'est que l'on se trouve alors
très près du but.
Le
Moi psychologique, le Je, le Moi-même, l'Ego, ne s'améliore
pas avec les années et l'expérience; il se
complique, il devient très tarabiscoté, très
pénible, c'est pour cela que le dicton populaire
déclare: « On a son caractère et sa
figure jusqu'à la tombe ». Le Moi psychologique
des vieillards grincheux se console lui-même en donnant
de beaux conseils faute de pouvoir donner de beaux exemples.
Les
vieillards savent très bien que la vieillesse est
un tyran impitoyable qui leur interdit sous peine de mort
de jouir de plaisirs de la folle jeunesse, et ils préfèrent
se consoler eux-mêmes en donnant de beaux conseils.
Le
Moi dissimule le Moi, le Moi cache une partie de lui-même
et distribue à tous des phrases sublimes et de beaux
conseils. Une partie du Moi-même cache une autre partie
du moi-même : le Moi camoufle ce qui ne lui convient
pas.
Il
est entièrement démontré par l'observation
et l'expérience que lorsque les vices nous abandonnent,
il nous plaît de penser que c'est nous qui les avons
abandonnés.
Le
coeur de l'animal intellectuel ne devient pas meilleur avec
les années mais pire, il devient toujours de pierre,
et si dans notre jeunesse nous avons été cupides,
menteurs, irascibles, dans notre vieillesse nous le serons
plus encore.
Les
vieillards vivent dans le passé, les vieillards sont
le résultat d'une foule d'expériences, ils
ignorent totalement le moment où nous vivons, ils
sont des souvenirs accumulés.
La
seule et unique façon de parvenir à la vieillesse
parfaite, c'est de dissoudre le Moi psychologique. Lorsque
nous apprenons à mourir seconde après seconde,
nous arrivons à une sublime vieillesse.
La
vieillesse de ceux qui ont dissous le Moi est pleine de
sérénité et de liberté.
Lorsque
les passions sont mortes de façon radicale, totale
et définitive, on est libéré, non pas
d'un maître, mais d'une foule de maîtres. Il
est très difficile de rencontrer dans la vie des
vieillards innocents qui ne possèdent plus ne seraient-ce
que les résidus du Moi; les vieillards de cette sorte
sont infiniment heureux et ils vivent d'instant en instant.
L'homme
qui a vieilli dans la Sagesse, qui possède le savoir
et, qui est le seigneur de l'amour, se convertit par le
fait même en le phare lumineux qui guide sagement
le cours des innombrables siècles.
Il
a existé et il existe actuellement dans le monde
quelques vieux Maîtres qui n'ont pas même les
derniers résidus du Moi. Ces Arhats gnostiques sont
aussi étranges et divins que la fleur de lotus.
Le
vieux Maître vénérable qui a dissout
le Moi pluralisé de façon radicale et définitive
est la parfaite expression de la parfaite Sagesse, de l'Amour
divin et du sublime Pouvoir. Le Maître âgé
qui n'a plus le Moi est, en fait, la complète manifestation
de l'Etre divin. Ces vieillards sublimes, ces Arhats gnostiques
ont illuminé le monde depuis les temps anciens :
rappelons-nous le Bouddha, Moïse, Hermès, Ramakrishna,
Daniel, le Dalaï-Lama.
Les
maîtres et maîtresses des écoles, collèges
et universités, ainsi que les parents, doivent enseigner
aux nouvelles générations à respecter
et vénérer les vieillards.
LUI
qui n'a pas de nom, CELA qui est divin, CELA qui est la
réalité, a trois aspects : Sagesse, Amour,
Verbe.
Le
Divin comme Père est la Sagesse cosmique, comme Mère
il est l'Amour infini, et comme Fils, le Verbe.
Le
père de famille se trouve être le symbole de
la Sagesse. La mère du foyer représente l'Amour,
et les enfants symbolisent la Parole.
Le
vieux père mérite tout l'appui de ses enfants.
Le père, devenu vieux, ne peut plus travailler, et
il est juste que ses enfants lui viennent en aide, si nécessaire,
et le respectent. La mère adorable rendue vieille
ne peut plus travailler et, par conséquent, il est
nécessaire que ses filles et ses fils veillent à
elle, l'aiment et fassent de cet amour une religion.
Celui
qui ne sait pas aimer son père, qui ne sait pas adorer
sa mère, marche sur le « sentier de la main
gauche », sur le chemin de l'erreur.
Les
enfants n'ont pas le droit de juger leurs parents, personne
n'est parfait dans ce monde et si nous n'avons pas certains
défauts, nous en avons d'autres, nous sommes tous
taillés par les mêmes ciseaux.
Certains
sous-estiment l'amour paternel, d'autres vont même
jusqu'à rire de l'amour paternel. Ceux qui se comportent
ainsi dans la vie, ne sont même pas entrés
sur le chemin qui conduit à CELA qui n'a pas de nom.
Le
fils ingrat qui déteste son père et oublie
sa mère est, en réalité, un véritable
pervers qui abhorre tout ce qui est divin.
La
Révolution de la Conscience ne signifie pas avoir
de l'ingratitude, oublier son père, sous-estimer
sa mère adorable. La Révolution de la Conscience
est Sagesse, Amour et Pouvoir parfait.
Le
père est le symbole de la sagesse, la mère
représente la source vive de l'Amour, sans l'essence
très pure duquel il est réellement impossible
d'obtenir les plus hautes Réalisations intimes.
|