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EF04 La Discipline
Dans
les écoles, les collèges et les universités,
les professeurs accordent une très grande importance
à la discipline, et nous allons à présent
étudier attentivement cette question.
Tous ceux qui sont passés par les écoles,
collèges et universités savent très
bien ce que sont la discipline, les règlements, la
férule, les réprimandes, etc. Imposer la discipline,
c'est ce que l'on pourrait appeler: cultiver la résistance.
Cela enchante les maîtres d'école de cultiver
la résistance.
On
nous enseigne à résister, à ériger
une chose contre une autre. On nous enseigne à résister
aux tentations de la chair et nous nous flagellons et nous
faisons pénitence pour résister.
On
nous enseigne à résister à la tentation
de la paresse, à la tentation de ne pas étudier,
de ne pas aller à l'école, de jouer, de rire,
de nous moquer des maîtres, de violer les règlements,
etc.
Les
enseignants nourrissent la conception erronée que
par le moyen de la discipline nous pouvons comprendre la
nécessité de respecter l'ordre établi
de l'école, la nécessité d'étudier,
de garder une bonne tenue devant les maîtres, de bien
nous comporter avec nos condisciples.
Il
existe chez la plupart des gens la fausse conception que
plus nous résistons, plus nous refoulons, et plus
nous devenons compréhensifs, libres, complets, victorieux.
Les gens ne veulent pas se rendre compte que plus nous luttons
contre quelque chose, plus nous résistons à
cette chose, plus nous la refoulons, moindre alors est la
compréhension.
Si
nous luttons contre le vice de la boisson, celui-ci disparaîtra
pour un temps, mais comme nous ne l'avons pas compris à
fond dans tous les niveaux du mental, il reviendra à
la charge lorsque nous aurons relâché la garde
et nous boirons en une seule fois comme jamais nous n'avons
bu.
Si
nous refoulons le vice de la fornication, nous serons pour
un temps très chastes en apparence (bien que dans
les niveaux plus profonds du mental nous soyons encore d'épouvantables
satyres comme le peuvent démontrer les songes érotiques
et les pollutions nocturnes), mais nous reviendrons plus
tard avec plus de force à nos anciennes coutumes
de fornicateurs invétérés à
cause du fait concret que nous n'avons pas compris à
fond ce qu'est la fornication.
Nombreux
sont ceux qui refoulent la convoitise, ceux qui luttent
contre elle, ceux qui se disciplinent contre elle en suivant
des normes de conduite précises, mais comme ils n'ont
pas vraiment compris tout le processus de la convoitise,
au fond ils convoitent de ne pas être convoiteurs.
Nombreux
aussi ceux qui se disciplinent contre la colère,
ceux qui apprennent à lui résister, mais elle
continue à exister dans les autres niveaux du mental
subconscient, bien qu'en apparence elle ait disparu de notre
caractère, et au moindre relâchement de notre
attention, le subconscient nous trahit et alors nous tonnons
et nous lançons des éclairs de colère
au moment où nous nous y attendons le moins et souvent
pour quelque motif sans la moindre importance.
Nombreux
sont ceux qui se disciplinent contre les crises de jalousie,
et qui croient fermement les avoir définitivement
éliminées, mais comme ils ne les ont pas comprises,
il est clair qu'elles réapparaissent sur la scène
au moment précis où nous les croyions bel
et bien mortes.
C'est
seulement quand il y a absence totale de discipline, quand
il y a liberté authentique, que surgit dans le mental
la flamme ardente de la compréhension.
La
liberté créatrice ne pourra jamais exister
dans une armature. Nous avons besoin de liberté pour
comprendre nos défauts psychologiques de façon
intégrale. Il nous faut de toute urgence renverser
les murs et briser nos fers afin d'être libres.
Nous
devons expérimenter par nous-mêmes tout ce
que nos maîtres à l'école, et nos parents,
nous ont dit être bon et utile. Il ne suffit pas d'apprendre
par coeur et imiter. Il nous faut comprendre.
Les
professeurs doivent diriger tous leurs efforts vers la conscience
des élèves. Ils doivent s'efforcer d'introduire
leurs élèves sur le chemin de la compréhension.
Il
n'est pas suffisant de dire aux étudiants qu'ils
doivent être ceci ou cela, il est nécessaire
que ceux-ci apprennent à être libres pour qu'ils
puissent examiner, étudier, analyser par eux-mêmes
toutes les valeurs, toutes les choses que les gens ont dit
être bénéfiques, utiles, nobles, au
lieu de tout simplement les accepter et les copier.
Les
gens n'aiment pas découvrir par eux-mêmes,
ils ont un mental fermé, stupide, un mental qui ne
veut pas faire de recherche, un mental mécanique
qui jamais ne va enquêter et qui imite seulement.
Il
est nécessaire, il est urgent, il est indispensable
que les élèves, dès leur plus tendre
enfance et jusqu'au moment où ils abandonneront leurs
classes, jouissent d'une véritable liberté
pour qu'ils découvrent par eux-mêmes, s'enquièrent
et comprennent, et pour qu'ils ne soient pas limités
par les murs abjects des interdictions, des reproches et
de la discipline.
Si
l'on dit sans cesse aux étudiants ce qu'ils doivent
et ne doivent pas faire, et si l'on ne leur permet pas de
comprendre et d'expérimenter, où donc sera
alors leur intelligence ?. Quelle opportunité offre-t-on
à leur intelligence ?. A quoi sert, dans ces conditions,
de passer des examens, d'être bien vêtu, d'avoir
beaucoup d'amis, si nous ne sommes pas intelligents ?.
L'intelligence
ne vient à nous que lorsque nous sommes vraiment
libres d'investiguer par nous-mêmes, de comprendre,
d'analyser de façon autonome, sans la crainte d'une
réprimande et sans la férule de la discipline.
Les étudiants craintifs, effrayés, soumis
à de terribles disciplines, ne pourront jamais savoir;
ils ne pourront jamais être intelligents.
De
nos jours, l'unique chose qui intéresse les parents
et les professeurs, c'est que les jeunes aient une carrière,
qu'ils deviennent médecins, avocats, ingénieurs,
employés de bureau, c'est-à-dire des automates
vivants qui ensuite se marient et se convertissent en machines
à faire des petits, et c'est tout.
Lorsque
les garçons et les filles veulent faire quelque chose
de nouveau, quelque chose de différent, lorsqu'ils
ressentent le besoin de se dégager de cette armature
de préjugés, d'habitudes ancestrales, de discipline,
de traditions familiales ou nationales, les parents alors
resserrent les fers de leur prison et disent à ces
jeunes gens : Ne fais pas ça !. Nous ne sommes pas
du tout prêts à t'appuyer en ce qui concerne
cette chose, c'est de la folie, etc.
En
somme, le garçon ou la jeune fille se trouvent détenus
en bonne et due forme dans la prison des disciplines, des
traditions, des coutumes désuètes et des idées
décrépites.
L'Education
Fondamentale enseigne à concilier l'ordre avec la
liberté.
L'ordre
sans liberté est tyrannie. La liberté sans
ordre est anarchie. La liberté et l'ordre sagement
combinés constituent la base de l'Education Fondamentale.
Les
élèves doivent jouir d'une parfaite liberté
pour être en mesure de s'enquérir, de rechercher
par eux-mêmes la vérité, de découvrir
réellement et en toute certitude ce qu'ils sont eux-mêmes
et ce qu'ils peuvent faire dans la vie.
Les
étudiants, les soldats et les policiers, et en général
toutes ces personnes qui doivent vivre soumises à
une discipline rigoureuse, deviennent d'ordinaire cruelles,
insensibles à la douleur humaine, impitoyables.
La
discipline détruit la sensibilité humaine
et ceci est une chose amplement vérifiée par
l'observation et l'expérience. Il y a tant de discipline
et de règlements à notre époque, que
les gens ont perdu toute sensibilité et sont devenus
cruels et sang pitié.
Pour
être vraiment libres, il nous faut être très
sensibles et humains.
Dans
les écoles, les collèges et les universités,
on enseigne aux étudiants à prêter attention
dans la classe, et les élèves prêtent
attention pour éviter qu'on les gronde, leur tire
les oreilles, les frappe avec la férule ou la règle,
mais on ne leur enseigne malheureusement pas ce qu'est l'attention
consciente. A cause de la discipline, l'étudiant
s'efforce de prêter attention et gaspille son énergie
créatrice de façon souvent inutile.
L'énergie
créatrice est le type le plus subtil de force fabriqué
par la machine organique.
Nous
mangeons et nous buvons, et tous les processus de la digestion
sont au fond des processus de subtilisation par lequel les
matières grossières sont converties en matières
et en forces utiles.
L'énergie
créatrice est le type de matière et de force
le plus subtil qui soit élaboré par l'organisme.
Si
nous savions prêter une attention consciente, nous
pourrions épargner notre énergie créatrice.
Malheureusement, les maîtres n'enseignent pas à
leurs disciples ce qu'est l'attention consciente.
En
éparpillant partout notre attention, nous gaspillons
notre énergie créatrice. Nous pourrons épargner
notre énergie si nous divisons notre attention, si
nous ne nous identifions pas avec les choses, avec les personnes,
avec les idées. Lorsque nous nous identifions avec
les personnes, les choses et les idées, nous nous
oublions nous-mêmes et nous perdons alors notre énergie
créatrice de la façon la plus pitoyable.
Il
est indispensable de savoir qu'il nous faut épargner
notre énergie créatrice afin d'éveiller
notre conscience, car l'énergie créatrice
est le potentiel vivant, le véhicule de la conscience,
l'instrument pour éveiller la conscience.
Lorsque
nous apprendrons à ne pas nous oublier nous-mêmes,
lorsque nous apprendrons à diviser l'attention en
sujet, objet et lieu, nous épargnerons notre énergie
créatrice afin d'éveiller notre conscience.
Il
est nécessaire d'apprendre à manoeuvrer l'attention
pour éveiller la conscience, mais les étudiants
ne connaissent rien de tout ceci car leurs maîtres
ne le leur ont pas enseigné.
Lorsque
nous apprenons à utiliser consciemment l'attention,
la discipline s'avère alors superflue. L'étudiant
ou l'étudiante attentif à ses cours, à
ses leçons, à l'ordre, n'a besoin d'aucune
espèce de discipline.
Il
est urgent que les maîtres comprennent la nécessité
de concilier intelligemment la liberté et l'ordre
et ceci n'est possible qu'au moyen de l'attention consciente.
L'attention consciente exclut ce que l'on appelle l'identification.
Lorsque nous nous identifions avec les personnes, les choses
et les idées, la fascination vient et celle-ci endort
la conscience.
Il
faut savoir porter attention sans identification. Quand
nous prêtons attention à quelque chose ou à
quelqu'un et que nous nous oublions nous-mêmes, le
résultat c'est la fascination et le sommeil de la
conscience.
Observez
soigneusement un spectateur au cinéma. Il se trouve
endormi, il ignore tout, il s'ignore lui-même, il
est vide, il semble un somnambule, il rêve avec le
film qu'il est en train de regarder, avec le héros
du film.
Les
élèves doivent dans la classe prêter
attention, mais sans s'oublier eux-mêmes, afin de
ne pas tomber dans l'épouvantable sommeil de la conscience.
L'élève doit se regarder lui-même en
action, lorsqu'il prépare ou passe un examen, ou
lorsque le maître l'envoie au tableau, ou lorsqu'il
étudie, se repose, ou s'amuse avec ses camarades.
L'attention
divisée en trois parties, sujet, objet, lieu, est
en fait une attention consciente.
Quand
nous ne commettons pas l'erreur de nous identifier avec
les personnes, les choses, les idées, etc., nous
épargnons notre énergie créatrice et
nous précipitons en nous l'éveil de la conscience.
Celui qui veut éveiller sa conscience dans les mondes
supérieurs, doit commencer par s'éveiller
ici et maintenant.
Lorsque
l'étudiant commet l'erreur de s'identifier avec les
personnes, les choses et les idées, lorsqu'il commet
la faute de s'oublier lui-même, il tombe alors dans
la fascination et le sommeil.
La
discipline n'enseigne pas aux étudiants à
prêter une attention consciente. La discipline est
une véritable prison pour le mental.
Les
élèves doivent apprendre dès les bancs
de l'école à manier l'attention consciente
afin que plus tard, dans la vie pratique, une fois en dehors
de l'école, ils ne commettent pas l'erreur de s'oublier
eux-mêmes.
L'homme
qui s'oublie lui-même devant quelqu'un qui l'injurie,
s'identifie avec celui-ci, se fascine, sombre dans le sommeil
de l'inconscience et alors frappe ou tue, et finit en prison,
inévitablement.
Celui
qui ne se laisse pas fasciner, celui qui ne s'identifie
pas avec l'insulteur, celui qui ne s'oublie pas lui-même,
celui qui sait prêter une attention consciente, serait
incapable d'accorder quelque valeur aux paroles de l'insulteur,
ou de le frapper ou le tuer. Toutes les erreurs que l'être
humain commet dans sa vie sont dues au fait qu'il s'oublie
lui-même, s'identifie, se fascine et tombe dans le
sommeil.
Il
vaudrait beaucoup mieux pour la jeunesse, pour tous les
étudiants, qu'on leur enseigne l'éveil de
la conscience au lieu de les asservir avec toute cette absurde
discipline.
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