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31. Le
Jugement Porté sur les Autres
Nous
allons commencer notre exposé de ce soir. Je vous
prie tous d'y apporter l'attention convenable. En tous cas,
le sens de cet exposé est que nous ne devons jamais
nous laisser entraîner par les apparences ni nous
laisser fasciner par les différentes scènes
de la vie. La vie est comme un film ; c'est un film, tout
naturellement composé de nombreux tableaux, de nombreuses
scènes ; il ne convient aucunement de nous identifier
avec aucune scène, aucun tableau, aucune apparence,
car tout passe ; les personnes passent, les choses passent,
les idées passent ; tout dans le monde est illusoire
; toute scène de la vie, pour forte qu'elle soit,
passe et reste en arrière, dans le temps. Ce qui
doit nous intéresser est ce qu'on appelle l'Etre,
la conscience ; voilà ce qui est fondamental ; en
effet l'Etre ne passe pas ; l'Etre est l'Etre et la raison
de l'Etre est l'Etre lui-même. Il est évident
que lorsque nous nous identifions avec les différentes
comédies, les drames et tragédies de la vie,
nous tombons dans la fascination et l'inconscience du sommeil
psychologique. C'est la raison pour laquelle nous ne devons
nous identifier avec aucune comédie, aucune tragédie,
aucun drame de la vie, car pour grave que ce soit, cela
passe. Un dicton dit : "Il n'y a de mal qui dure cent
ans, ni de corps qui y résiste". Tout est donc
illusoire, passager.
Dans
la vie, on se trouve parfois face à des problèmes
difficiles ; il arrive qu'on ne voit pas, disons, la sortie,
la solution du problème, et celui-ci, alors, dans
notre pensée, devient énorme, monstrueux,
gigantesque ; on succombe alors sous la préoccupation
: "Comment vais-je faire ?", "Que vais-je
faire ?". On ne trouve aucune échappatoire et
le problème, à mesure qu'on l'analyse, devient
toujours plus monstrueux, plus gigantesque encore, plus
énorme. Mais le jour arrive où, si nous affrontons
le problème tel qu'il est, si "nous prenons
le taureau par les cornes" comme on dit, nous constatons
qu'il est réduit à rien, qu'il se détruit
lui-même ; il est de nature illusoire. Mais un problème
peut prendre de telles proportions, un réalisme tellement
cru dans notre pensée, qu'en vérité,
on ne lui trouve aucune sortie d'aucun côté
; on se sent succomber devant lui et il reste insoluble.
Pourtant, si on affronte ce problème, on verra qu'il
est illusoire, que, comme tout, il passe et qu'à
la fin, il n'en reste rien. Si on procède de cette
manière, sans jamais s'identifier avec aucune situation,
aucun événement, on parviendra à être
toujours sur ses gardes, vigilant comme la sentinelle en
temps de guerre, et c'est dans cet état d'alerte
qu'on découvre les défauts psychologiques.
Tout défaut doit être compris et éliminé
ensuite.
Le
mental par lui-même ne peut altérer aucun défaut
psychologique ; le mental ne peut que les classer, changer
n'importe quel défaut, le faire passer d'un niveau
à un autre, mais jamais il ne pourra l'altérer
radicalement. Pour ce faire, on a besoin d'un pouvoir qui
soit supérieur au mental ; ce pouvoir existe en nous,
je fais instamment référence à la Divine
Mère Kundalini. Si on a compris qu'on a tel ou tel
défaut, si on l'a compris intégralement dans
tous les niveaux du mental, alors, on peut se concentrer
en Devi Kundalini Shakti et, grâce à elle,
on peut éliminer n'importe quel défaut de
type psychologique.
Kundalini
est la Divine Mère Cosmique ; on l'a représentée
dans les religions en tant que Marie, Tonantzin, Rhéa,
Cybèle, Adonia, Insoberte, la Mère Cosmique,
la Divine Mère, etc. Elle est en soi une partie de
notre propre Etre, mais dérivée ; par ces
mots, je veux dire que la Mère Cosmique est à
l'intérieur de nous, ici et maintenant.
Si
nous implorons ce pouvoir, si nous prions la Mère
Divine d'éliminer de notre psyché n'importe
quel défaut de type psychologique, elle le fera.
Il est évident que, pour cette raison même,
le défaut en question se désintégrera.
Nous pouvons éliminer, grâce à la Mère
Divine Cosmique, tous nos défauts psychologiques.
Comme
la conscience est embouteillée dans les défauts,
si ces derniers sont éliminés, la conscience
s'éveillera radicalement et nous pourrons alors entendre,
voir et toucher les grandes réalités des mondes
supérieurs. Il est cependant indispensable de ne
pas nous identifier avec aucune circonstance de la vie ;
quand nous demeurons vigilants, nous découvrons dans
le problème nos propres défauts psychologiques.
On a vu que, normalement, tous les problèmes obéissent
à la peur ; le Moi de la crainte maintient les problèmes
en vie ; on a peur de la vie, on a peur de la mort, on a
peur du qu'en-dira-ton, de la misère, de la faim,
de la nudité, de la prison, on a peur de tout, et
à cause de cela, les problèmes deviennent
chaque fois plus insolubles, plus forts.
Que
craignons-nous dans un problème économique
? La ruine, ou d'avoir à payer certaines dettes,
car de ne pas le faire, on nous mettrait en prison ? Dans
un problème de famille, de quoi avons-nous peur ?...
Du qu'en-dira-t-on, des langues vipérines, du scandale,
des intérêts qu'on a créés, etc.
Mais si on élimine le Moi de la peur, à quoi
se réduit le problème ? Tout s'en va en fumée,
il ne reste rien. Si nous devons payer le loyer d'une maison,
nous craignons qu'on nous jette à la rue, nous passons
même des nuits blanches, en pensant que l'huissier
va venir et nous mettre dehors ; arrive enfin le fameux
jour et voilà le problème résolu, de
la manière peut-être la plus inattendue ; alors
à quoi s'est réduit le problème ? Et
si le problème ne trouvait pas de solution, qu'on
nous ait jeté dans la rue, avec tous nos meubles,
etc. qu'arrive-t-il ? Les meubles ne resteront pas dans
la rue, quelqu'un devra les ramasser et, finalement, il
y aura toujours en cherchant un peu, un endroit où
nous mettre ; et si les meubles sont perdus, eh bien ils
se sont perdus ! Et alors ? On en perdit plus pendant le
déluge, pourquoi allons-nous nous attacher à
des meubles ? Puis, le problème est passé,
et nous vivons maintenant dans un autre endroit, le problème
est derrière nous, dans le temps. Qu'en reste-t-il
de ce problème ? N'oubliez pas que tout passe, les
idées et les personnes, comme les choses ; tout,
en ce monde, est fugace et illusoire.
Nous
ne devons pas nous identifier aux apparences, car les apparences
sont trompeuses, c'est évident. Pensons aux états
de conscience, et c'est là, ce qui est superlatif
; chez nous tous il y a une tendance générale
à juger faussement tous les autres ; et c'est lamentable.
Pourquoi tout le monde juge-t-il tout le monde, et faussement
? Quelle en est la raison ? Il n'y en a qu'une seule, facile
à comprendre. Il se passe que chacun projette ses
propres défauts psychologiques sur les autres. Chacun
voit, en le prochain, ses propres défauts. Les défauts
dont nous affublons les autres, nous les avons tant et plus.
Nous jugeons les autres tels que nous sommes.
Avez-vous
entendu parler de l'antipathie mécanique ? Le fait
de sentir de l'antipathie pour quelqu'un, sans la moindre
raison ? Nous disons - "Je ne peux pas voir cette personne"
- c'est une phrase très typique. Mais pourquoi ?
Si nous ne l'avons jamais vue, qu'on finisse à peine
de nous la présenter ? Que s'est-il passé,
pourquoi ne pouvons-nous pas la "voir", si nous
ne la connaissons pas ? Nous avons vu son apparence ; grande
ou petite, grosse ou mince, le nez aquilin ou canard, et
ceci serait une raison pour dire déjà que
nous ne pouvons pas la voir ? Qu'est-il arrivé ?
Nous avons, tout simplement, projeté nos propres
défauts sur notre victime ; nous avons sans doute
vu, dans cette personne, notre défaut le plus grave
et il ne plaît à personne de se voir ainsi,
disons, outragé. La crue réalité des
faits est que cette personne, s'est convertie en un miroir,
où nous nous voyons nous-mêmes, tels que nous
sommes.
Si
nous sommes sur nos gardes, si nous ne nous identifions
pas avec l'événement, avec la personne que
nous ne pouvons pas voir, si au lieu de la critiquer, nous
nous auto-critiquons, nous nous auto-observons pour voir
ce qui se passe, nous découvrirons qu'un de nos défauts
né d'hier ou d'avant-hier, ou qui sait d'un temps
plus lointain, d'autres existences, s'est reflété
dans cette personne, et que c'est la raison pour laquelle
nous ne pouvons pas la voir. Voilà ce qu'est l'antipathie
mécanique ; absurde à cent pour cent. Nous
avons besoin d'apprendre à vivre correctement.
L'être
humain est, avant tout, une créature sociale, un
animal social et l'homme même, est un homme social.
Si on ne sait pas vivre socialement, on se crée des
problèmes. Dans la vie, on doit apprendre à
vivre socialement, et au lieu de ressentir des antipathies
mécaniques, il vaudrait la peine que nous enquêtions
à propos de nous-mêmes. En vérité,
nous projetons nos propres défauts psychologiques
sur les autres. Pourquoi jugeons-nous faussement le prochain
? Pourquoi avons-nous tous tendance à voir chez le
prochain toutes sortes de défauts ? Tout simplement
encore parce que nous projetons sur le prochain nos propres
défauts ; nous les jugeons mal, nous supposons qu'untel
est ainsi, et il s'ensuit qu'il n'est pas plus ainsi qu'autrement,
qu'il est complètement différent et que notre
jugement est erroné, faux. Nous voyons les actions
d'autrui, et avons tendance à les interpréter
faussement ; nous ne sommes jamais capables de regarder
les actions d'autrui, avec impartialité, avec sérénité
; nous les qualifions toujours mal. Rappelez-vous qu'il
y a beaucoup de vertu chez les méchants, et beaucoup
de méchanceté chez les vertueux.
Les
défauts que nous portons en nous, nous rendent injustes
envers le prochain. Nous nous rendons la vie amère
avec nos propres défauts et, ce qui est plus grave,
nous rendons également amère celle des autres.
Quels
dommages a causé, par exemple, la jalousie ; il existe
la jalousie politique, la jalousie de type religieux, la
jalousie professionnelle, la jalousie passionnelle, familiale,
de l'homme pour la femme, de la femme pour l'homme, etc.
C'est un "Moi", le moi de la jalousie, et il est
aveugle ; il ne connaît pas de logique ni de raisonnement
; il ne comprend rien à la science, n'écoute
pas la raison.
Combien
de morts ne voit-on pas, à cause de la jalousie !
Que de tort fait la jalousie professionnelle ! De magnifiques
botanistes se sont retrouvés en prison. Qui les a
jetés en prison, s'ils ne faisaient de mal à
personne, s'ils ne faisaient que guérir leurs prochains
? Ce sont les jalousies professionnelles. De la part de
qui ? De la part de leurs collègues titrés.
Sur le plan professionnel, les jalousies semblent se multiplier
gravement. Dans différents milieux il y a une épouvantable
jalousie. Les jaloux souffrent et font souffrir leurs semblables
aussi. Les jalousies ont causé des torts extrêmement
graves. Et, si nous disons ceci de la jalousie, que dirons-nous
des autres défauts que nous avons ?
Maintenant,
les apparences sont trompeuses ; maintes fois nous jugeons
faussement un acte d'autrui, en accord avec nos égos,
et le résultat en est, précisément,
la calomnie. Tous calomnient tous ; ceci est démontré
; nous avons toujours tendance à nous laisser emporter
par les apparences. Un acte déterminé peut
être jugé d'une certaine manière, alors
que la réalité qui lui correspond est autre
; un fait quelconque pourrait être jugé de
certaine manière, et le jugement en question peut
ne pas coïncider avec le fait, car le fait a, en réalité,
un sens différent de celui que renferme le jugement.
Alors, le jugement se révèle faux. Un faux
jugement offense le prochain, comme il offense celui même
qui l'a porté et lui cause de la douleur.
Savoir
vivre est très difficile, car nous vivons dans un
monde d'apparences, un monde illusoire et que nous avons
toujours tendance à nous identifier avec les apparences,
oubliant l'essentiel, qui est l'Etre. Voilà ce qui
est grave. Il y a en nous des facteurs psychologiques épouvantables,
que nous ignorons et que jamais nous n'admettrions d'avoir.
Vous devez vous rappeler, avant tout, que le Moi n'est pas
quelque chose, disons, d'éternel ; le Moi est une
somme et un reste, il est multiplication et une division
d'éléments inhumains ; chacun de ces éléments
est un Moi. Ainsi donc, nous n'avons pas qu'un seul Moi,
nous avons beaucoup de Mois : notre Moi est pluralisé,
non singularisé, et ceci est une chose que vous devez
comprendre ; car il existe, le j'ai peur, j'aime, je déteste,
j'envie, je suis jaloux, je suis courageux, etc. Chacun
de ces Mois a trois cerveaux ; l'intellectuel, situé
dans la tête, l'émotionnel, dans le coeur et
le moteur-instinctif-sexuel dans l'épine dorsale
; chacun de ces Mois est une personne différente.
Ainsi donc, beaucoup de personnes vivent à l'intérieur
de notre personne ; ce qui est grave, c'est que la conscience,
le plus digne, le plus décent de ce qu'il y a en
nous, est embouteillée parmi toutes ces personnes
internes que nous portons, et qu'elle a, de cette manière,
un processus subconscient, en vertu de son propre conditionnement,
c'est-à-dire qu'elle est endormie, et c'est justement
ce qui est grave. Comment, si notre conscience est endormie,
pourrions-nous vraiment nous connaître nous-mêmes
? Maintenant, croyez-vous, par hasard, qu'une personne qui
ne se connaît pas elle-même peut connaître
les autres ? Si nous ne nous connaissons pas nous-mêmes,
comment pouvons-nous affirmer que nous connaissons les autres,
que nous connaissons nos amis, que nous connaissons les
gens ? Si nous voulons connaître les autres, commençons
par nous connaître nous-mêmes ; mais nous sommes
naïfs, ne nous connaissant pas nous-mêmes, nous
croyons que nous connaissons les autres ! Que nous sommes
niais, que nous sommes absurdes !
Si
nous nous connaissions nous-mêmes tout serait différent,
mais, malheureusement, nous ne nous connaissons pas. Si
un homme ne se connaît pas lui-même, s'il ne
connaît pas ses propres mondes internes, comment pourra-t-il
connaître les mondes internes du système Solaire
ou de la Galaxie où nous vivons ? Si quelqu'un veut
connaître les mondes internes de la Terre, ou du système
Solaire, ou des galaxies, il doit commencer par connaître
ses propres mondes internes, commencer par se connaître
lui-même. Comment pourrions-nous nous connaître
nous-mêmes, si nous ne dirigeons jamais l'intelligence
au-dedans, vers l'intérieur, si nous ne nous rappelons
jamais de nous-mêmes, parce que nous sommes précisément
identifiés avec les apparences de la vie ? Comment
pourrions-nous nous connaître nous-mêmes, si
nous ne dirigeons jamais l'intelligence vers l'intérieur,
parce que nous sommes fascinés par les divers événements
qui arrivent jusqu'à nous ? Comment pourrions-nous
nous connaître nous-mêmes, si nous ne dirigeons
jamais la conscience vers l'intérieur, à cause
des multiples problèmes de l'existence, qui nous
maintiennent prisonniers, que nous voyons insolubles, dont
nous croyons qu'ils sont éternels, dont nous ne nous
rendons pas compte qu'ils ont un début et qu'ils
ont une fin ? Comment pourrions-nous nous connaître
nous-mêmes si nous sommes attrapés par ce qui
est instable, par ce qui n'a pas de vraie réalité,
si nous nous trouvons dans une machine, qui tourne incessamment
?
Nous
jugeons les autres comme nous sommes nous-mêmes, de
là tant et tant d'erreurs, et des jugements ne coïncident
pas avec les événements, que nous interprétons
mal, que se soient les nôtres ou ceux des autres.
Nous nous trouvons évidemment dans une machine qui
tourne constamment, mais nous sommes somnambules, inconscients,
endormis ; nous ne savons rien de nous-mêmes, pour
ne jamais nous rappeler de nous-mêmes, de notre propre
Etre. Notre mental est trop occupé par les choses
illusoires, par ce qui est passager...(manque)... ne pas
vivre comme des automates, non ! Vivre en état d'alerte
perception, aux aguets de la nouveauté ! Nous sommes
dans un état comateux épouvantable. Réfléchissez
à ceci : 1° Nous ne nous connaissons pas nous-mêmes
2° Nous projetons nos défauts psychologiques
sur les autres et nous voyons, chez les autres, nos propres
défauts. 3° Nous jugeons faussement les actions
des autres. 4° Ces actions ne correspondent pas au jugement
que nous avons porté sur elles. 5° Le jugement
que nous avons porté est, en vérité,
le défaut psychologique propre que nous avons projeté
sur le prochain. Conclusion, le prochain nous sert de miroir,
mais dans notre inconscience, nous ne nous rendons pas compte,
que le prochain, ne fait que refléter nos propres
défauts, notre propre Moi psychologique. Le prochain
est un miroir où nous nous réfléchissons,
mais nous ne comprenons pas que le reflet du miroir est
notre propre reflet ; nous ne nous rendons même pas
compte que nous sommes en train de nous refléter
dans le prochain ; nous sommes tellement identifiés
avec l'événement, avec les circonstances,
qu'il ne nous vient même pas à l'idée
de réfléchir à toutes ces choses.
Nous
vivons dans un état de fascination, d'inconscience,
dans le sommeil psychologique. Si, dans ces affaires de
la vie pratique, disons terrestres, nous sommes aussi inconscients,
que pourrions-nous dire, en ce qui concerne les choses célestes
? Nous pourrions, en vérité, mal interpréter
tous les postulats de la science Hermétique ; nous
pourrions, à cause de nos jugements erronés,
mal interpréter les attitudes des autres initiés,
la vie des adeptes, etc. Nous pourrions, à cause
de notre état de conscience, mal interpréter
le Drame Cosmique ; et évidemment, le Drame Cosmique,
comme il est donné dans les quatre Evangiles, a été
mal interprété. Pourquoi pourrions-nous interpréter
faussement la vie des Adeptes de la Fraternité Blanche
? Pourquoi pourrions-nous mal interpréter les postulats
de la Sagesse hermétique ? etc. Pour une seule raison
: que notre jugement n'est pas libre ; c'est un jugement
conditionné par nos propres défauts. Notre
jugement est le résultat de l'emprisonnement psychologique
où nous nous trouvons ; notre jugement est, disons,
la projection de nos propres défauts. Nous projetons
nos défauts sur les quatre Evangiles, sur les postulats
de la Science Hermétique, ou nous les projetons sur
les actes des initiés, sur la vie des Adeptes, etc.
Ainsi, comme nous projetons, nous ne sommes pas préparés
pour les choses célestes ; un mental qui projette
ses propres erreurs n'est pas un mental libre, ce n'est
pas un mental qui peut appréhender, capter la réalité
des choses, la réalité des phénomènes,
des faits, des circonstances qui nous entourent de toutes
parts. Comment un tel mental, qui ne sert pas à la
compréhension des choses terrestres, pourrait servir
à comprendre la vie des grands Initiés, les
choses célestes ? Il faillirait, indiscutablement,
car s'il ne peut comprendre ce qui est terrestre, il ne
peut encore moins comprendre ce qui est céleste.
Ainsi, il faut croire que ce qui est vital, dans la vie,
est de ne pas se laisser emporter par les apparences, de
ne pas se laisser capturer par les événements,
par les circonstances ; il vaut mieux être sur ses
gardes, pour découvrir dans ces événements
nos propres défauts de type psychologique.
Chaque
circonstance de la vie, que ce soit à la maison,
dans la rue ou dans n'importe quel endroit, nous offre de
merveilleuses occasions, et si nous sommes aux aguets, vigilants
comme la sentinelle en temps de guerre, nous parvenons à
appréhender nos propres défauts, qui se projettent
sur le prochain. Le prochain est le miroir où nous
pouvons voir nos propres défauts. Si nous marchons
dans la rue, et que nous voyons un ivrogne, que faisons-nous
? Pourquoi nous moquons-nous de cet ivrogne, au lieu de
dire : "voilà comme je marche ; cet ivrogne,
c'est moi, voyez ma pantomime, comme je suis comique ; celui-là
c'est moi, c'est ainsi que je marche". Nous devons
apprendre à nous voir dans les autres. Si nous découvrons
un individu qui tonne et rage, qui déchire ses vêtements
comme Caïphe, nous devons dire : "Me voilà,
je suis là, oui ; que je suis coléreux, c'est
ainsi que je déchire mes habits, c'est ainsi que
je blasphème, oui, c'est moi" ; en vérité,
nous nous réfléchissons dans les autres, dans
le prochain, nous nous réfléchissons. Vous
pourriez dire : "Ce n'est pas vrai", m'objecter
peut-être : "Non, je ne suis pas voleur, je ne
suis pas un cambrioleur, je ne monterai jamais sur la terrasse
d'une maison voisine, pour voler des bijoux, de l'argent".
C'est ce que vous direz, pas vrai ? Nous jugerions le voleur
en disant : "C'est un voleur ! en prison !". Mais
il se passe qu'à l'intérieur de nous, il existe
aussi des Mois voleurs, que nous ne connaissons pas, que
nous n'avons pas découverts, mais qui existent !
Comme disait Galilée : "Pur se Muve, se Muve",
"et pourtant elle tourne, elle tourne" ; quand
on lui demanda : "Jurez-vous que la terre n'est pas
ronde et ne tourne pas ?", Il répondit : "Juro,
pur se muve, se muve !" C'est-à-dire, "Je
le jure, et pourtant elle tourne, elle tourne", évitant
ainsi d'être brûlé vif sur les bûchers
de l'inquisition.
Nous
pouvons dire ainsi que nous n'avons pas le Moi du vol ;
il y a des gens tellement honnêtes qu'ils seraient
incapables de voler un centime à personne, et qui,
pourtant, ont le Moi du vol, c'est incroyable, mais vrai
; un jour ils le découvriront. Comment pourrions-nous
penser, par exemple, qu'une dame vertueuse, épouse
magnifique, a le Moi de la prostitution ? Impossible. Ou
même, allons plus loin : penser qu'une petite enfant
- ce qui est encore plus scandaleux -, une enfant de douze
ans, bien élevée, religieusement, a le Moi
de la prostitution, est une chose qui provoque le dégoût
; vous diriez "Impossible, absurde !" Mais si,
cela peut être.
Rappelez-vous
bien que, de même que la lune, là haut, brillant
dans le firmament, a deux faces - l'une qui illumine dans
la nuit, et l'autre qui est cachée -, il y a une
lune psychologique, à l'intérieur de nous,
qui a deux faces : celle qui se voit et celle qui ne se
voit pas, celle qui est manifeste, et celle qui est occulte
: nous trouvons, dans la face manifeste de cette lune psychologique,
les défauts remarquables à première
vue : colère, convoitise, luxure, envie, orgueil,
paresse, gourmandise, etc., et tant d'autres herbes. Mais,
derrière cette lune psychologique, derrière
ce qui se voit toujours, ce qui ressort de notre lune psychologique
à première vue, existe la partie occulte,
celle qu'on ne voit pas ; nous avons là les défauts
que nous ignorons avoir ; là, nous nous révélons
voleurs ; là, les dames aristocratiques sont prostituées,
etc.
Dans
cette face cachée de la lune psychologique, dans
cette face qui ne se voit pas, il y a des Mois de l'adultère,
de l'assassinat, du vol, etc. ; des Mois normalement ignorés
de nous ; mais si on disait que nous avons un de ces Mois-là,
nous nous offusquerions, nous ne l'accepterions d'aucune
manière, et pourtant, oui, nous les avons. Si nous
disions à un saint du Nirvana qu'il a encore de terribles
Mois de l'assassinat, ou de la prostitution, ou du vol,
il s'offusquerait terriblement ; ce saint nous bénirait
en disant : "Que Dieu te pardonne, mon fils, tu es
pardonné, je ne te garde aucune rancoeur, mais je
sais, mon fils, que je n'ai rien de cela". Voilà
ce que dirait ce saint du Nirvana. Pourquoi ? Parce qu'il
n'est rien de plus qu'un saint. De cette manière
ce saint interrompt son avance vers l'Eternel Père
Cosmique Commun, et nombreux sont ceux à avoir interrompus
leur marche de cette façon. Car, en vérité,
bien qu'ils appartiennent au Nirvana, ils portent tous ces
Moi à l'intérieur, dans la face occulte de
la lune psychologique. Et c'est là ce que beaucoup
ne comprennent pas, c'est ce qui est grave, en vérité
; nous avons tous tendance à nous justifier, à
nous laisser emporter par les apparences.
Quant
à moi, je ne suis pas un saint, et il ne m'intéresse
pas d'être un saint. Pourquoi cela ne m'intéresse
pas d'être un saint ? Parce que cela ralentirait mon
progrès ésotérique. Je sais très
bien que, dans la partie occulte de ma lune psychologique,
doivent exister indubitablement, des Moi de temps antiques,
cachés dans les ténèbres, cela je le
sais ; et je sais aussi que seulement en pénétrant
héroïquement, l'épée en main,
dans cette zone de notre lune psychologique, nous pourrons
en réalité éliminer vraiment ces défauts
psychologiques, nous pourrons en réalité éliminer
vraiment ces défauts ; mais ceci est un degré
très avancé. Les gens, normalement, peuvent
éliminer les défauts de cette partie manifeste
de la lune psychologique, ces défauts qui ressortent
à première vue ; mais, quand il s'agit de
pénétrer dans la partie occulte de la lune
psychologique, de la partie cachée, on a besoin d'un
effort plus grand : ceci appartient déjà à
l'initiation de Judas, correspond à la passion pour
le Seigneur. Personne ne pourrait entrer dans ces zones
sans empoigner la lance de la Forge des Cyclopes, c'est-à-dire
travailler dans la Neuvième Sphère. Mystères
? Oui, très grands. Le saint n'arrive pas si loin,
il se contente d'éliminer les Mois-défauts
qu'il possède dans la face visible de sa lune psychologique,
il se béatifie, et ne dépasse pas cela, alors
il stagne. Voilà la raison pour laquelle je ne suis
pas un saint, et pourquoi je ne veux pas l'être ;
j'aime uniquement la compréhension et c'est ce qui
est fondamental, la compréhension de soi-même.
En
vérité, l'adepte est vraiment au-delà
des Saints ; quand quelqu'un dit : "Les Saints-Maitres",
il se trompe, car les Maîtres sont au-delà
des Saints. D'abord, il y a le profane, ensuite les saints,
ensuite le Maître. Le maître est au-delà
de la sphère des saints : Dans le Maître il
y a la sagesse. Mais il est possible de juger faussement
les maîtres, les Adeptes. Nous avons toujours tendance
à projeter nos propres défauts de type psychologique,
même sur les adeptes. Si nous jugeons mal les Adeptes,
nous portons aussi contre eux nos faux jugements. Car s'il
n'est pas possible de juger correctement les actes du prochain
commun et courant, bien moins encore il est possible de
juger correctement les actes des Adeptes ; nous avons normalement
tendance à dire du mal des Adeptes. Comme nous parlons
mal de notre prochain, nous le faisons aussi à propos
des Adeptes de la Fraternité Blanche. Voilà
pourquoi il y a tant de crucifiés, d'empoisonnés,
d'emprisonnés, de poignardés, de persécutés.
Il est difficile de juger un Adepte. S'il est presque impossible
de juger son prochain, il l'est encore bien plus, de juger
un Adepte.
Ce
soir, je vous invite donc à la réflexion ;
à ne jamais vous laisser emporter par les apparences,
car les apparences sont trompeuses, à n'affubler
personne de vos défauts. Mes paroles s'arrêtent
ici.
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