|
27. La Transformation Intérieure
Question
- Maître Samaël, est-il possible de se transformer
par l'auto-suggestion ?
Réponse
- Il est nécessaire de mourir d'instant en instant,
car ce n'est qu'avec la mort que survient quelque chose
de nouveau : chaque fois que nous avons compris intégralement
un défaut, le Moi qui le personnifie est désintégré
dans les mondes internes ; chaque fois qu'un Moi est désintégré,
nous obtenons quelque chose de nouveau, un pouvoir, une
vérité, une vertu, etc.
Ce
n'est pas en nous disant que nous allons devenir charitables,
véridiques, honnêtes, chastes, patients, que
nous le serons effectivement, que nous acquerrons ces vertus.
En réalité, ces vertus naissent en nous comme
résultat de la compréhension profonde. Si
nous comprenons profondément ce qu'est la cruauté,
alors naîtra en nous la charité. Si nous comprenons
en profondeur comment se manifestent en nous le mensonge,
la fausseté, il n'y a pas de doute que naîtra
en nous le désir fervent de dire toujours la vérité,
et rien d'autre que la vérité ; et ainsi de
suite pour toutes les vertus : elles viennent toutes à
nous lorsque nous comprenons profondément nos propres
erreurs.
C'est
uniquement sur la base de l'auto-observation profonde, de
l'analyse intellectuelle et de la méditation parfaite,
que nous pouvons réussir à comprendre intégralement
chacun de nos défauts. Nous pouvons affirmer des
millions de fois : "Je vais être chaste, tempéré,
patient, altruiste, désintéressé, etc.",
ce sera inutile si nous ne comprenons pas intégralement
nos défauts dans tous les niveaux du mental.
On
ne dissout pas le Moi avec de la bigoterie, ni par le fanatisme
stupide, ni par l'auto-suggestion. Les bonnes intentions
ne servent à rien, non plus que la répétition
constante de formules positives. Rien ne sert de répéter
: "Je ne me mettrai plus en colère" ou
"je ne serai plus luxurieux" ; les Moi de la colère
et de la luxure n'en continueront pas moins d'exister dans
nos profondeurs psychiques.
Le
Moi est un "livre en plusieurs tomes" qu'il nous
faut étudier attentivement si vraiment nous voulons
le dissoudre et fabriquer l'Ame. Nous devons d'abord nous
auto-observer minutieusement pour découvrir nos propres
défauts, ensuite analyser intellectuellement ces
défauts et méditer profondément sur
eux pour comprendre comment ils se comportent dans les différents
niveaux du mental, enfin les réduire en cendres par
le pouvoir igné de notre Mère cosmique particulière.
Si
nous voulons dissoudre le Moi pluralisé, nous devons
aussi abolir l'orgueil de nous croire bons et saints ; les
personnes qui sont nourries de Théosophie, de Rosicrucisme,
de Spiritualisme, etc., ont une tendance marquée
à se croire bonnes, charitables, pures... Ces personnes
luttent inconsciemment pour conserver leur propre Moi, elles
ne veulent pas reconnaître leurs propres erreurs,
elles sont pires que celles que l'on dit profanes, parce
que celles-ci, au moins, ne se pensent pas des saints et
ne se prétendent pas vertueuses.
En
réalité, il nous faut partir de zéro
si nous voulons vraiment dissoudre le Moi, l'Ego réincarnant.
Que cela nous plaise ou non, la vérité est
que nous sommes des diables, des gens pervers ; si nous
acceptons cette atroce vérité, nous commençons
à mourir d'instant en instant.
Nous
devons nous rappeler que dans l'encens de la prière
se cache également le crime, que dans le parfum de
la courtoisie et des belles manières le crime se
cache aussi, de même que dans les rythmes miraculeux
d'un poème. Le délit revêt le déguisement
du saint, du maître, de l'anachorète, de la
personne charitable, de l'homme parfait... Si nous voulons
dissoudre le Moi, nous devons nous décider à
nous auto-explorer profondément dans tous les niveaux
du mental. Il nous faut être sincères avec
nous-mêmes et ne pas nous présumer bons ni
saints, parce que nous sommes tous, en réalité,
des méchants.
Ce
que nous disons est très dur à avaler, et
il est probable que cela ne plaira pas aux bigots, à
ceux qui singent la sainteté, à toutes les
personnes remplies de bonnes intentions, mais c'est la vérité
et si nous ne le reconnaissons pas, il devient absolument
impossible de dissoudre l'Ego.
Q
- Maître, qu'est-ce qu'on appelle l'Ame ?
R
- L'Ame, c'est tout cet ensemble de forces, de vertus, de
pouvoirs et facultés de l'Etre. Si nous éliminons
par exemple le Moi de la colère, à sa place
se cristallisera dans notre personne humaine la vertu de
la sérénité, de la patience. Si nous
éliminons le défaut de la mesquinerie ou de
l'égocentrisme, la vertu merveilleuse de l'altruisme
se cristallisera à la place. Si nous éliminons
le défaut de la luxure, à la place se cristallisera
dans notre Ame la vertu admirable de la chasteté.
Si nous éliminons de notre nature la haine, à
la place se cristallisera l'amour dans notre personnalité.
Si nous éliminons le défaut de l'envie, à
la place se cristallisera la joie pour le succès
d'autrui, la philanthropie, etc.
Il
est donc indispensable de comprendre la nécessité
d'éliminer les éléments indésirables
de notre psychisme afin de cristalliser dans notre nature
humaine ce que nous appelons l'Ame : c'est-à-dire
un ensemble de forces, d'attributs, de vertus, de pouvoirs
cosmiques qui sont le propre de notre Etre réel.
Incontestablement, le plus important dans la vie c'est précisément
de cristalliser l'Ame en nous.
Car
il nous faut absolument savoir que l'animal intellectuel,
appelé à tort homme, n'a pas d'Ame. L'animal
intellectuel n'a que le matériau psychique pour fabriquer
l'Ame ; l'animal intellectuel doit fabriquer l'Ame.
Il
est important de préciser que l'Ame n'est pas le
Moi : le Moi n'est pas divin, le Moi n'est pas immortel
; le Moi continue après la mort - tant qu'il n'est
pas désintégré - et se réincarne
pour satisfaire ses vices, passions, désirs, pour
répéter les actions de nos vies passées...
Le
Moi est pluralisé ; le Moi est une légion
de diables qui continuent de vivre après la mort
du corps physique. Le corps du Moi, c'est le corps des désirs
(l'astral lunaire).
Le
Moi est la racine de toute amertume ; le Moi est la racine
de l'ignorance. Naître est douleur, mourir est douleur,
vivre est douleur ; réellement, le Moi est l'origine
de la douleur.
A
l'intérieur de chaque personne vivent une foule de
personnes, une foule de Moi. Le Moi est une légion
de diables. Les pseudo-ésotéristes mal informés
croient que nous avons une pensée unifiée,
un mental unique. En réalité, nous avons en
nous des milliers de personnes, chacune avec sa façon
de penser, ses idées, ses émotions particulières.
L'être humain n'a même pas d'unité, d'individualité
véritable.
Quel
est le nom de tous ceux qui sont ici présents ? Légion
! Chacun de vous est une légion. Et l'Essence, qui
est la chose la plus digne, la plus précieuse que
nous ayons, qui est la conscience elle-même, se trouve
embouteillée dans cette légion des Moi, lesquels
reçoivent au Tibet l'appellation "d'agrégats
psychiques". Vous n'avez pas de véritable identité,
car il s'agit de quelque chose qu'il faut acquérir.
La conscience de chacun de vous est terriblement endormie
parce qu'elle ne peut fonctionner qu'en vertu de son propre
"embouteillement".
Lorsque
nous affirmons qu'à l'intérieur de notre personne
humaine vit une multitude de personnes, nous n'exagérons
rien. Toutes ces personnes se battent entre elles pour la
suprématie. Chacune veut être le maître,
et celle qui réussit momentanément à
dominer les autres acquiert le contrôle des cinq cylindres
de la machine humaine, c'est-à-dire des centres intellectuel,
moteur, émotionnel, instinctif et sexuel. Pendant
un instant, cet agrégat psychique se croit le seul
et unique. Mais il est bientôt supplanté par
un autre qui vient occuper sa place et s'emparer de nous,
pour être peu après remplacé par un
troisième, et ainsi de suite.
Bien
que cela puisse sembler incroyable, aucune des personnes
ici présentes n'est la même pendant ne serait-ce
qu'une demi-heure ! A l'agrégat psychique qui contrôlait
votre machine humaine au moment où vous êtes
arrivés, s'est substitué un autre agrégat
qui s'est mis à écouter, puis un autre qui
a douté ou acquiescé, puis un autre encore
qui a réagi, etc. Si vous croyez que vous êtes
les mêmes depuis que vous avez mis les pieds ici,
vous êtes alors victimes d'auto-mystification, car
les agrégats psychiques qui manoeuvrent notre machine
humaine, qui pensent à travers notre centre intellectuel,
qui s'émeuvent à travers notre centre émotionnel,
qui font bouger notre corps à travers notre centre
moteur, qui se nourrissent de nos énergies sexuelles,
ne cessent de changer, de se substituer les uns aux autres.
La
vérité ne plaît à personne, mais
nous devons quand même la dire. Et la vérité
c'est que les gens croient qu'ils ont une Ame alors qu'ils
n'ont, à l'intérieur d'eux, que le Satan,
le Moi.
Le
Satan, la légion du Moi, gaspille stupidement le
matériau animique, le matériau psychique,
en explosions atomiques de colère, d'envie, de luxure,
d'orgueil, de convoitise, de paresse, de gourmandise, etc.
De rien il ne peut rien sortir : si le Moi dilapide la "matière
première" - le matériau animique - il
est évident que nous ne pourrons jamais fabriquer
ou, pour mieux dire, cristalliser l'Ame. Celui qui ne cristallise
pas son Ame sera dévoré par l'Abîme,
il tombera en involution dans le monde minéral submergé
- les neuf cercles dont parle Dante dans sa Divine Comédie
-.
C'est
avec raison que le Christ Jésus a dit "Que sert
donc à un homme de gagner tous les trésors
du monde, s'il perd son Ame ?" Est-il possible de perdre
son Ame ? Oui, c'est possible : celui qui entre dans les
mondes infernaux perd son Ame. Y aurait-il un moyen qui
nous évitât de perdre l'Ame ? Oui, certes,
en la cristallisant en nous-mêmes ici et maintenant.
Chaque fois que nous éliminerons un agrégat
psychique, alors une vertu, une faculté, un don sera
cristallisé à l'intérieur de nous.
C'est ainsi que l'Ame se cristallisera peu à peu
en nous.
Car
il n'existe réellement qu'une seule méthode
pour fabriquer l'Ame. Cette méthode c'est le processus
qui conduit à la dissolution du Moi. Une fois que
le Moi est mort, il n'y a plus personne pour gaspiller la
matière première, et alors le matériau
animique s'accumule en nous, se convertissant en un centre
permanent de conscience. Ce centre, c'est l'Ame.
Mais
nous devons affirmer que "si l'eau ne bout pas à
cent degrés centigrades, on ne peut pas cuire ce
qui doit être cuit". Je parle en termes symboliques
: je veux dire par là qu'il faut passer par de grandes
crises émotionnelles pour désintégrer
chacun des défauts de type psychologique et cristalliser
à la place ce qu'on appelle l'Ame.
Il
est merveilleux de voir vertus et pouvoirs se cristalliser
lentement dans l'Essence, au fur et à mesure qu'elle
se libère de sa gangue égoïque. C'est
pourquoi nous disons que l'Essence est le matériau
pour cristalliser l'Ame.
Q
- Vous avez dit que nous, les humanoïdes, sommes en
réalité des diables. Que pensez-vous alors
des ésotéristes qui affirment que nous sommes
des dieux ?
R
-. Il y a effectivement des auteurs réputés
et très honorables qui affirment que nous sommes
des dieux, que chacun de nous est un dieu. Il va sans dire
que cette assertion peut fortifier en nous l'orgueil mystique,
lequel fait un tort énorme sur le sentier de l'auto-réalisation,
car il n'y a pas de place pour l'orgueil ou la présomption
sur ce chemin.
Croire
que l'on est un dieu peut nous faire devenir un mythomane.
Il est impossible de se transformer en un véritable
Illuminé tant qu'on a de l'orgueil. Et comment peut-on
vraiment se croire un dieu tant que l'on est ivrogne, fornicateur,
colérique, adultère, orgueilleux, jaloux,
glouton, etc. - et c'est bien ce que nous sommes en vérité
!
Nous
devons nous en tenir à la réalité des
faits, regarder ce que nous sommes sans nous bercer d'illusions
: nous nous empiffrons, nous nous mettons en colère,
nous forniquons, nous commettons l'adultère, nous
haïssons, nous critiquons, nous sommes envieux, jaloux,
paresseux, etc. Croyez-vous que tout cela pourrait être
le fait d'un dieu ? Mieux vaut dire : "Nous sommes
de misérables vers dans la terre bourbeuse",
et nous en convaincre tout à fait !
Est-il
si difficile de s'en convaincre ? Il suffit d'être
sincères avec nous-mêmes. Si nous examinons
attentivement notre existence, nous découvrirons
qu'elle n'est en rien une des merveilles du monde ! Si nous
nous observons objectivement, si nous faisons un examen
sérieux de nous-mêmes et de notre propre vie,
nous serons loin de l'émerveillement ! Lorsque nous
comprenons bien tout cela, nous marchons sur le chemin de
l'Initiation et de l'humilité.
Il
y a l'orgueil de la position sociale, l'orgueil de la richesse
matérielle, l'orgueil des origines prestigieuses,
l'orgueil de la renommée, etc., mais l'orgueil mystique,
la croyance que nous sommes sages, que nous sommes de grands
initiés ou des dieux, est une forme d'orgueil bien
plus subtile et plus pernicieuse. C'est une chose très
grave, car l'orgueil ne nous permettra jamais d'avoir une
relation correcte avec les parties les plus élevées
de l'Etre. Si nous ne pouvons pas nous relier adéquatement
aux parties les plus hautes de notre Etre, nous ne pourrons
pas non plus obtenir l'Illumination. Nous devrons nous contenter
d'écouter les conférenciers sans jamais jouir
de l'expérience de la Réalité. En entreprenant
ces études, il nous faut à tout prix travailler
sur le défaut de l'orgueil. Au fur et à mesure
que nous désintégrons ce défaut, la
vertu de l'humilité se cristallisera en nous.
Celui
qui parvient à la désintégration complète
de ses agrégats psychiques cristallisera en lui-même
cent pour cent de son Ame, laquelle est un ensemble inestimable
de gemmes, de vertus et d'attributs spéciaux, de
dons, de qualités et de perfections ; le corps physique
lui-même doit se transformer en Ame.
Nous
devons travailler dur sur nous-mêmes et désintégrer
nos agrégats psychiques si vraiment nous voulons
posséder ce qu'on appelle l'Ame et jouir de la véritable
Illumination. Lorsque l'on possède l'Ame, alors naît
en nous l'Homme-Esprit, l'Homme-Christ, l'Homme céleste,
qui n'est plus enfermé dans le corps dense et peut
en sortir et y rentrer à volonté. Cet homme
est un Adepte glorieux. Rappelons-nous ces paroles de saint
Paul : "J'ai connu un homme qui fut transporté
au troisième ciel où il a vu et entendu des
choses qu'il n'est pas donné aux hommes de comprendre".
Q
- Maître, dans le travail concret de la méditation
sur le Moi, doit-on commencer par revoir tout ce qu'on se
rappelle du Moi que l'on veut éliminer ?
R
- "Ce qu'on se rappelle du Moi" : cette formule
me paraît bien vague, imprécise, insubstantielle...
Soyons plus exacts : quel défaut viens-tu de découvrir
dans la pratique ? Si tu es en auto-observation, si tu es
alerte et vigilant comme la sentinelle en temps de guerre,
tu as certainement découvert un défaut. Lequel
est-ce ? Dans quelles circonstances s'est-il manifesté
? As-tu prononcé une parole avec colère ?
As-tu eu une impulsion luxurieuse ? Quel était le
contexte ? Comment cela s'est-il produit exactement ? Est-ce
que cela s'est passé chez toi, au travail, dans un
restaurant, ou pendant ton sommeil ? Peux-tu visualiser
le moment précis où tu as senti, par exemple,
un accès de colère ? Peux-tu te remémorer
comment la chose s'est passée ? Il faut partir de
faits concrets, et non de vagues souvenirs, incolores, sans
substance ; nous devons être cent pour cent pratiques.
Alors reconstruis minutieusement, visualise cette scène
de colère dans ses moindres détails : c'est
sur cela que tu vas travailler dans la méditation
sur le Moi.
Et
pourquoi as-tu eu cette bouffée de colère
? Pourquoi as-tu réagi avec colère ? Parce
qu'on a blessé ton orgueil peut-être ? Bon
! Il y a donc au moins deux défauts impliqués.
Tu dois donc travailler, concrètement, sur ces deux
Moi. Combien d'heures restes-tu dans ton lit, avec ton corps
relaxé, revoyant en détail tout ce qui s'est
passé, puis t'efforçant de le comprendre ?
Nous
devons être plus profonds. Les fossés peu profonds,
au bord des chemins, se transforment en marécages,
remplis de pourriture, ou se dessèchent sous les
rayons du soleil ; mais les eaux profondes, pleines de vie,
pleines de poissons, sont très différentes.
Il faut donc que nous soyons plus profonds dans notre travail
intérieur.
Q
- Vous nous avez enseigné qu'il faut avoir de l'ordre
et de la précision dans l'élimination des
défauts. Or, comme on sait, une foule de défauts
différents se manifestent pendant une journée.
Alors comment mettre de l'ordre là-dedans ? Doit-on
chercher une sorte de dénominateur commun qui correspondrait
à ce que vous avez appelé le "trait psychologique
principal" ? Comment pouvons-nous comprendre cela et
sur quoi devons-nous travailler exactement ?
R
- Le "trait psychologique principal" est une chose
fondamentale, parce que lorsqu'on le connaît la désintégration
de l'Ego devient plus facile. Mais je vais vous dire à
ce sujet une grande vérité : avant de nous
explorer nous-mêmes pour connaître le trait
psychologique principal, nous devons beaucoup travailler
sur l'ensemble de nos défauts, parce qu'il n'est
pas si facile de le découvrir. En vérité,
chacun de nous a de fausses conceptions sur sa propre personne,
nous nous voyons toujours de façon erronée
; les autres nous voient souvent mieux que nous-mêmes,
car nous avons une foule d'idées fausses sur ce que
nous sommes. Nous ne pouvons découvrir notre trait
psychologique principal tant que nous n'avons pas éliminé
un bon pourcentage d'agrégats psychiques inhumains.
C'est pourquoi, si vous voulez connaître ce trait
psychologique principal, il vous faudra travailler sur vous-mêmes
pendant cinq ans au moins. Après ces cinq années
de travail intense, nous pourrons avoir recours à
la méthode de rétrospection, pour l'appliquer
tant à notre vie actuelle qu'à nos existences
passées, puisque ce trait psychologique dominant
a des racines très profondes dans nos existences
antérieures. Nous constaterons alors avec stupéfaction
que nous avons commis la même erreur à maintes
reprises. Nous découvrirons un Ego-clef qui nous
a toujours poussés à commettre les pires erreurs,
qui a été l'axe déterminant de toutes
nos existences antérieures. Mais pour pratiquer avec
une certaine lucidité cet exercice rétrospectif,
il faut indéniablement avoir déjà éliminé
beaucoup de Moi. Il serait impossible de découvrir
le trait psychologique fondamental si l'on n'avait pas appris
au préalable à se servir de la méthode
rétrospective de façon intelligente et lucide.
Quand la conscience est très prise dans les Moi,
il n'y a pas de lucidité : l'exercice rétrospectif
s'avère alors très embryonnaire, sinon fantaisiste
ou erroné.
Quant
à la question de l'ordre dans le travail, c'est une
chose nécessaire, mais qui n'a rien à voir
avec le trait psychologique dominant. Lorsque vient le soir,
tu te retires pour ta méditation quotidienne, puis
tu relaxes ton corps et tu pratiques l'exercice de rétrospection
qui doit porter sur ton existence actuelle, au moins sur
les événements de la journée. Tu dois
alors passer en revue, visualiser, reconstruire les événements
de la journée ; une fois qu'ils auront été
recensés et reconstruits, tu procéderas au
travail, d'abord sur un premier événement
auquel tu consacreras quinze ou vingt minutes, puis sur
un autre auquel tu consacreras dix minutes, tout dépend
en fait de la gravité des événements
et de la qualité de ton auto-observation pendant
la journée. Ainsi donc, en suivant l'ordre dans lequel
ils se sont présentés, tu pourras travailler
sur eux tranquillement et de façon ordonnée.
Q
- Et les éliminer ensemble ou l'un après l'autre
?
R
- On doit aussi procéder par ordre. Car dans tout
travail sur n'importe quel élément psychologique
entrent en jeu trois facteurs : 1) la découverte
; 2) le jugement ; 3) l'exécution. On applique ces
trois aspects à chaque élément étudié,
c'est-à-dire : découverte, ceci concerne les
circonstances dans lesquelles tu as découvert un
défaut ; jugement ou compréhension profonde
du défaut ; enfin exécution, avec l'aide de
la Divine Mère Kundalini. C'est ainsi que l'on doit
travailler, parce que si tu attends d'en avoir fini avec
un Ego pour commencer à travailler sur un autre,
tu n'en finiras jamais. En effet, pour reprendre les mots
de Virgile - le poète de Mantoue - dans sa divine
Enéide : "Même si nous avions mille langues
pour parler et un palais d'acier, nous ne réussirions
pas à énumérer complètement
tous nos défauts". Si donc tu te proposais de
travailler sur un défaut pendant deux mois, puis
sur un autre pendant deux mois encore, comme il y en a des
milliers, quand pourrais-tu tous les éliminer ? En
outre, un défaut est associé à un autre,
et celui-ci à un autre encore, et ainsi de suite
; il est rare qu'un défaut se manifeste seul. Il
faut donc travailler sur eux avec ordre, au fur et à
mesure qu'ils se présentent, en les étudiant
quotidiennement.
Je
vais vous donner un exemple qui vous montrera très
clairement de quoi il s'agit : supposons qu'un homme surprenne
son épouse ou son amie avec un autre homme ; alors
surgirait sans doute en lui le Moi de la jalousie ; en même
temps il se sentirait blessé dans son amour propre,
puis viendrait la colère, bientôt suivie d'une
grêle d'injures, résultat de cette très
mauvaise transformation de l'événement. Si
cet homme voulait d'abord éliminer le Moi de la jalousie,
en concentrant tous ses efforts sur ce Moi et y consacrant
des jours ou des semaines, qu'adviendrait-il alors des autres
Moi ? Qu'est-ce qu'il en ferait, quand travaillerait-il
sur eux ? Cette façon de procéder se révèle
de toute évidence irréaliste, inapplicable,
car on ajournerait sans cesse le travail sans jamais le
terminer, sans aller jusqu'au bout du labeur entrepris,
et tout deviendrait extrêmement compliqué et
ne pourrait se terminer autrement que par un échec.
Il
nous faut être concrets et pour cela nous devons travailler
sur le terrain de la vie concrète, sur tout ce qui
nous arrive chaque jour. Il faut donc cesser de théoriser
sottement et ne plus perdre notre temps à des fadaises
si, en vérité, nous voulons changer radicalement,
sinon nous remettrons toujours le travail au lendemain,
et ce lendemain n'arrivera jamais. Il est nécessaire
d'éliminer ce Moi qui laisse toujours tout pour demain,
car c'est aujourd'hui même que nous devons effectuer
ce travail.
Tout
cela suppose un processus prolongé et des souffrances
volontaires de notre part, ainsi que beaucoup de patience
et de ténacité ; il ne faut pas croire que
c'est quelque chose de facile, mais il ne faut pas non plus
nous mettre à ressasser les difficultés que
nous allons avoir, car tous les problèmes seront
graduellement clarifiés et résolus à
mesure que nous travaillerons toujours davantage sur nous-mêmes.
En un mot, le travail lui-même nous donnera progressivement
cette faculté de discernement quant à ce que
nous devrons réaliser et à la façon
dont il conviendra de le réaliser. C'est ainsi que
nous devons, tous et chacun, travailler, en laissant la
Divine Mère accomplir aussi son travail. Elle sait
ce qu'elle doit faire. Grâce au sens de l'auto-observation,
nous verrons peu à peu les résultats. Si nous
avons beaucoup de dévotion et prions beaucoup notre
Divine Mère, "tout le reste viendra par surcroît".
Q
- Quelle est la nature de la compréhension ? A-t-elle
simplement pour objet d'identifier nos défauts et
de saisir les préjudices qu'ils peuvent nous causer
?
R
- Il convient d'abord de préciser que compréhension
n'est pas identification ; on pourrait identifier un défaut
psychologique sans l'avoir compris. En outre, cette notion
de la compréhension est assez complexe ; les degrés
de compréhension varient beaucoup. Il se peut qu'aujourd'hui
nous comprenions telle ou telle chose d'une certaine façon,
d'une manière relative et circonstancielle, et que
demain nous la comprenions mieux ou différemment...
En fait, nous ne pouvons appréhender la signification
profonde de tel ou tel défaut qu'au moyen de toutes
les parties de notre Etre intégral ; si une ou quelques
parties de notre Etre en ont capté la profonde signification,
mais que les autres parties ne l'ont pas captée,
alors la signification profonde et complète du Moi
n'a pas non plus été appréhendée.
A
propos de la signification profonde, de la "saveur"
spécifique de l'Ego, nous ne devons pas nous forger
de préconceptions. Nous ne pouvons connaître
la signification profonde de telle ou telle erreur que dans
l'instant ; c'est pourquoi nous ne devons absolument pas
nous former d'idées préconçues sur
ce que pourrait être la signification profonde de
nos défauts.
Q
- La compréhension résulte-t-elle d'une opération
mentale ?
R
- Le mental, avec toutes ses fonctions, est réceptif,
féminin ; il s'avère absurde de vouloir en
faire un instrument actif, positif. Toutes les notions,
préconceptions, théories que nous pouvons
élaborer n'ont rien à voir avec la véritable
compréhension. Etant un instrument purement passif,
le mental ne peut donc se substituer à la compréhension.
Tu
dois distinguer la compréhension de ce qu'est l'instrument
que nous utilisons pour nous manifester quotidiennement
dans le monde. Il est indéniable que la compréhension
est plutôt du ressort de l'Essence ; c'est une fonction
intime de la conscience. La signification profonde de telle
ou telle erreur psychologique relève des diverses
perceptions ou expériences directes vécues
par les différentes parties de l'Etre uni-total.
Q
- Maître Samaël, lorsqu'on marche dans la rue,
par exemple, et qu'un défaut apparaît, devrait-on
se mettre à méditer sur ce défaut à
cet endroit même ?
R
- La rue n'est certes pas l'une des sept merveilles du monde
pour se mettre à y méditer. On doit prendre
note du défaut psychologique que l'on a découvert
puis, une fois rendu chez soi, ou le soir avant de se coucher,
on s'assoit confortablement ou on s'allonge sur le dos dans
son lit et on essaie de relaxer son corps physique en respirant
de façon rythmique, en imitant la respiration du
nouveau-né, et alors, plongé dans une concentration
parfaite et une profonde méditation, on reconstruira
mentalement la scène dans laquelle le défaut
a surgi, puis on analysera le défaut minutieusement,
sincèrement, objectivement, sans justifications ni
échappatoires ; nous méditerons enfin profondément
sur le Moi pour comprendre son comportement dans les différents
niveaux du mental.
Rappelez-vous
que le mental a de multiples profondeurs que nous ignorons
normalement. Beaucoup de saints qui, ici dans le plan physique,
étonnaient le monde par leur sainteté, étaient
toujours dans les autres niveaux du mental de grands pécheurs
; lorsqu'ils s'en apercevaient, cela les faisait énormément
souffrir et ils portaient sac et silice, ils jeûnaient
et effectuaient de grandes et terribles pénitences
; les saints ont presque toujours échoué quand
on les a mis à l'épreuve dans les mondes supérieurs.
Une
fois qu'on aura compris le Moi dans les multiples niveaux
du mental, on se consacrera à la prière. "Nous
devons prier et nous devons travailler", dit une phrase
latine qui figure dans une gravure alchimique, jouant sur
les mots latins orar, prier, et laborar, travailler. Qui
prie bien, travaille bien...
Absorbés
dans une profonde oraison, nous prierons avec ferveur Devi
Shakti, la Mère individuelle particulière
de chacun de nous, nous lui demanderons de désintégrer
cet agrégat psychique que nous aurons préalablement
compris dans tous les niveaux du mental. Plongés
donc, dans une profonde méditation, concentrés
sur notre Divine Mère intérieure, nous la
supplierons d'éliminer de notre psychisme ce Moi
que nous voulons désintégrer. Il est possible,
dépendant de notre compréhension, que notre
Divine Mère, à ce moment-là, agisse,
décapite ce Moi, mais il ne faut pas croire alors
que tout le travail est terminé ; notre Divine mère
ne va pas tout désintégrer instantanément.
Elle ne peut dissoudre ce que nous n'avons pas compris,
et en fait elle ne pourra dissoudre le Moi totalement que
lorsque nous l'aurons compris intégralement dans
tous les niveaux du mental, ce qui ne pourrait être
fait en une seule fois. Il faudra donc, si tout le Moi n'est
pas désintégré, faire preuve de patience
; par des travaux successifs nous obtiendrons avec le temps
l'élimination de ce Moi. Il se désintégrera
lentement, perdant peu à peu de son volume, s'amenuisant.
Un Moi peut être vraiment horrifiant, mais à
mesure qu'il réduit de volume il embellit progressivement.
Il prend ensuite l'apparence d'un petit enfant pour finalement
devenir poussière. Lorsqu'il est devenu poussière,
la conscience ou la parcelle de conscience qui était
enfermée, embouteillée, encagée dans
ce Moi, est libérée : la lumière augmente
alors en nous, car une parcelle de lumière a été
libérée. C'est ainsi que nous devrons procéder
pour chacun des nombreux Moi.
Le
travail est long et très dur. Toute pensée
négative, si insignifiante soit-elle, a pour origine
un Moi, qui peut être très ancien, et ce Moi
doit être arraché, extirpé de notre
psychisme. Nous devons l'étudier, connaître
ses agissements, voir comment il se comporte dans les cinq
centres : intellectuel, émotionnel, moteur, instinctif
et sexuel ; il nous faut comprendre de quelle manière
il travaille dans chacun de ces cinq centres, car c'est
en examinant son comportement à travers les centres
fonctionnels de notre machine organique que nous allons
le connaître.
Lorsque
nous avons éveillé le sens de l'auto-observation,
nous nous rendons compte par nous-mêmes que certains
de ces Moi sont tout à fait horribles ; ce sont des
monstres vraiment affreux, macabres, très réels,
qui vivent à l'intérieur de notre pays psychologique
et que nous devons désintégrer pour faire
la lumière à l'intérieur de nous.
Il
existe des Moi très difficiles à éliminer,
des défauts terribles, des Moi qui sont reliés
au karma. Quand nous atteignons ces Moi, nous semblons nous
arrêter dans notre progression, et c'est effectivement
ce qui se produit. Mais en faisant preuve d'une patience
infinie, nous réussirons finalement à éliminer
ces Moi. La patience et la sérénité
sont des facultés extraordinaires, des vertus magnifiques,
nécessaires pour avancer sur ce chemin de la transformation
radicale.
Observez-vous
dans la vie pratique : êtes-vous impatients ? Savez-vous
rester sereins en toute circonstance ? Si vous n'avez pas
ces deux précieuses vertus, il vous faut travailler
à les acquérir. Comment ? En éliminant
le Moi du manque de sérénité, les Moi
de la contrariété, de l'irritation, de la
colère, qui empêchent la sérénité.
Mais
que cherchons-nous en fin de compte ? Nous voulons changer,
changer totalement, car tant que nous restons ce que nous
sommes actuellement, il est indéniable que tout ce
que nous faisons c'est souffrir, nous rendre la vie amère.
N'importe qui a le pouvoir de nous faire souffrir, il suffit
que l'on touche une fibre sensible de notre coeur pour que
nous souffrions. Quand on nous dit une parole dure, nous
souffrons ; et si on nous tapote gentiment l'épaule
en nous adressant des compliments, nous sommes tout heureux.
Comme nous sommes faibles et influençables. Nous
n'avons aucun contrôle sur nos propres processus psychologiques
; n'importe qui peut les modifier à son gré.
C'est très facile de jouer avec le psychisme des
autres.
Ainsi
donc, il nous faut changer, nous devons éliminer
tout ce qui nous rend faibles, nous devons nous transformer
en quelque chose de différent, afin de devenir des
créatures heureuses, car nous avons tous droit au
bonheur.
Q
- Le Maître Gurdjieff dit qu'il y a des Moi qui aiment
le travail sur soi et d'autres Moi qui n'aiment pas ce travail.
Qu'en pensez-vous ?
R
- Oui, il y a effectivement des Egos utiles, et il y en
a aussi d'inutiles. Il y a des Moi "bons", il
y en a une foule, comme il y en a des mauvais. Il faut désintégrer
les bons Moi comme les mauvais Moi, il faut désintégrer
les Moi utiles et il faut désintégrer les
Moi inutiles.
Un
jour, un ami qui avait une manufacture de pantalons me dit
: "Si je désintègre le Moi utile qui
fait des pantalons dans ma fabrique, qui donc va continuer
à faire des pantalons ? Mon affaire va échouer,
je vais faire faillite ! - Ne te préoccupes pas de
cela", lui répondis-je, "si tu désintègres
ce Moi, une partie de l'Etre correspondant à toutes
sortes d'arts et d'habiletés prendra la relève
et se chargera de la fabrication des pantalons et le fera
même mieux que toi !".
Les
Moi bons font de bonnes oeuvres, mais ils le font à
tort et à travers. Ils donnent l'aumône à
un drogué qui s'empresse d'aller acheter d'autre
drogue. Ils donnent l'aumône à un ivrogne pour
qu'il continue à s'enivrer. Les bons Moi ne savent
pas faire le bien.
En
définitive, qu'est-ce qui est bon et qu'est-ce qui
est mauvais ? Tout ce qui est à sa place est bon,
ce qui n'est pas à sa place est mauvais. Le feu,
par exemple, est bon, mais s'il brûlait votre maison
ou s'il vous grillait vif, serait-il encore bon ? L'eau
dans ce verre est une bonne chose, mais si l'eau inondait
toutes les pièces de la maison, elle serait mauvaise,
n'est-ce pas ? De sorte qu'est bon ce qui est à sa
place et mauvais ce qui est en dehors de sa place. Une vertu,
si sainte soit-elle, si elle n'est pas à sa place,
devient mauvaise. Il y a des saints qui ont fait beaucoup
de mal avec leurs vertus.
Q
- Et le Moi gnostique, que faut-il en faire ?
R
- Il faut aussi l'annihiler, afin qu'il ne reste que la
conscience gnostique pure. Le Moi gnostique est superficiel
et mécanique, mais la conscience gnostique est révolutionnaire,
terriblement divine.
Q
- Dissoudre l'Ego n'est pas du tout une chose facile. Par
conséquent, pourriez-vous nous donner une aide concrète
?
R
- Je suis en train de vous donner des explications fondamentales
; mais il faut bien prendre conscience que ce travail de
dissolution de l'Ego est une chose très personnelle,
propre à chacun de nous. Personne ne peut faire le
chemin à ta place. Toi seul peux le parcourir. L'unique
chose que je puisse faire pour toi c'est te montrer le chemin
et te donner des indications précises pour le suivre,
c'est tout.
Q
- Maître, si nous ne comprenons pas les enseignements
gnostiques, si nous ne les vivons pas, n'y a-t-il pas le
danger que nous convertissions la Gnose, les enseignements,
en un simple code moral ?
R
- Certes ! Et je constate justement une propension très
marquée, chez tous les frères du Mouvement
gnostique, à créer des codes moraux. Tous
ont en effet tendance à s'enfermer dans des codes
moraux et, ce qui est pire, à les imposer aux autres,
à y enfermer les autres. A la longue, ces codes s'avèrent
absurdes, malsains, étouffants, deviennent pour ainsi
dire des bouteilles, des cages dans lesquelles le mental
demeure emprisonné ; survient alors l'échec
dans le travail d'élimination de l'Ego.
On
a écrit dans le monde un grand nombre de codes moraux.
Mais qu'est-ce que la morale ? Pourrait-elle servir à
la dissolution du Moi ? Pourrait-elle éclairer cette
face cachée de notre lune psychologique, ce côté
de nous-mêmes que nous ne voyons pas ? Pourrait-elle
nous conduire à la sanctification ? Absolument pas
! La morale est fille des us et coutumes, de l'endroit et
de l'époque. Ce qui est moral à un endroit
est immoral à un autre endroit ; ce qui est moral
à une époque ne l'est plus à une autre
époque. Jadis, en Chine, tuer son père lorsqu'il
était devenu trop vieux et incapable de se suffire
à lui-même, c'était bien. Que dirions-nous
aujourd'hui si un homme tuait son père ? Ce serait
un meurtre, un parricide, n'est-ce pas ? Ainsi, la morale
est esclave du lieu, des coutumes et de l'époque.
Alors, s'ils ne sont d'aucune utilité pour la dissolution
du Moi, à quoi servent tous ces brillants codes de
morale ?
Si
vous changez, il pourra arriver que les gens se retournent
contre vous. Si l'un de vous change, il pourra se produire
que nous tous, ici présents, le qualifierons mal,
le traiterons d'immoral, de mauvais - "regardez ce
qu'il a fait", etc. -.
C'est-à-dire
que la censure surgit, et c'est cela que veulent les gens
: que l'Initié reste embourbé dans le passé,
qu'il ne naisse jamais à un état nouveau,
qu'il ne change pas. Lorsque l'Initié change, ce
changement est mal interprété, mal jugé.
Ainsi, l'Ego relève du temps et l'Ego d'autrui ne
peut tolérer que quelqu'un ose sortir du temps ;
il ne le lui pardonne pas.
Si
l'un de vous change, vous pouvez être sûrs que
tous les autres le critiqueront. Nous voulons que le Maître
lui-même marche selon certaines normes préétablies
dans le temps. Et je vous certifie que vous ne verriez pas
d'un bon oeil que je sorte de ces normes. Vous diriez probablement
: "Regardez ce qu'il fait, et on dit que c'est un Maître
! Impossible, ce n'est pas un Maître !" Pourquoi
? Parce que j'ai voulu sortir de l'ornière ?
Parce
que je n'ai pas voulu continuer à être enfermé
dans vos codes moraux, dans vos normes ? Parce que je n'ai
pas voulu continuer à être embouteillé
dans le temps ? Même si cela peut vous sembler incroyable,
chacun de vous suit un code moral précis, auquel
il tient comme à la prunelle de ses yeux. Certains
parmi vous suivent des normes plus ou moins préétablies
par leur famille au fil du temps ; d'autres suivent des
règles de conduite déterminées, apprises
dans différentes écoles pseudo-ésotériques
ou pseudo-occultistes, ou qu'ils ont reçues de leurs
précepteurs religieux. Si quelqu'un ose sortir de
l'ornière, si quelqu'un ne se comporte pas conformément
à ces normes que vous avez solidement établies
dans votre tête, celui-là devient pour vous
un indigne, un hérétique, un scélérat...
Vous lui en voulez à mort, il est devenu l'ennemi
numéro un de votre morale étroite, vous ne
pouvez lui pardonner d'aller contre le courant, de vouloir
sortir du cloaque... Vous voyez combien il est difficile
de parvenir à l'auto-réalisation intime de
l'Etre ! A mesure que l'on s'auto-observe psychologiquement,
on élimine cette face cachée, on reconnaît
qu'il y a à l'intérieur de soi des facteurs
que l'on ignorait, des éléments que l'on ne
soupçonnait pas le moins du monde. Lorsque nous éliminons
ces facteurs, cela engendre des changements psychologiques,
et ces changements sont mal interprétés par
nos semblables. Les gens ne veulent absolument pas accepter
que quelqu'un ne se comporte pas conformément aux
normes établies, selon les codes institués,
selon les principes admis...
Il
arrive cependant dans ce travail qu'il faille faire des
choses qui semblent "immorales" ; on doit parfois
sortir de certaines normes auxquelles tous sont soumis.
Il arrive que l'on croie que l'on va très bien, alors
qu'en réalité on va très mal ; et parfois,
lorsque les autres pensent que l'on va très mal,
on va bien, on n'a jamais marché aussi bien. Le Chemin
est ainsi... Il y a souvent beaucoup de vertu chez les méchants
et beaucoup de méchanceté chez les vertueux.
Il y a de terribles dangers : on peut s'engager dans un
cul-de-sac, croyant être sur la bonne voie, et s'écarter
ainsi du Chemin réel, de la Voie royale...
Q
- Vénérable Maître, j'ai cherché
le Chemin pendant de nombreuses années, et maintenant,
à 70 ans passés, je me demande s'il est encore
possible de le trouver ?
R
- Mais vous êtes déjà sur le Chemin,
mon cher frère, vous l'avez déjà trouvé.
A présent, ce qu'il vous faut faire, c'est le parcourir
avec fermeté et détermination, c'est tout.
Vous devez naturellement travailler avec les trois facteurs
de la Révolution de la Conscience. Jésus le
Christ a dit : "Celui qui veut venir à ma suite,
qu'il se renie lui-même, qu'il prenne sa croix et
qu'il me suive". "Se renier soi-même",
c'est s'atteler à la dissolution du Moi, de l'Ego
; "prendre sa croix", c'est autre chose : rappelez-vous
que le bois vertical de la croix est masculin et le bois
horizontal féminin ; la clef de tout pouvoir réside
dans le croisement des deux pièces. La croix est
éminemment sexuelle, phallique ; elle signifie rien
de moins que le travail dans la Neuvième Sphère.
Nous devons descendre dans la Forge des Cyclopes pour fabriquer
les corps solaires et parvenir à la deuxième
naissance. Suivre le Christ constitue le troisième
facteur : suivre le Christ signifie se sacrifier pour l'humanité,
comme il l'a fait, être prêt comme lui à
donner jusqu'à la dernière goutte de son sang
pour que tous les êtres humains qui peuplent le monde
aient accès à la connaissance rédemptrice.
Ainsi
donc, les trois facteurs de la Révolution de la Conscience
sont mourir, naître et se sacrifier pour l'humanité.
Voilà le chemin, et vous y êtes. C'est le seul
et unique chemin, il n'y en a pas d'autre. Suivez-le avec
fermeté...
Q
- Vous avez raison, c'est vrai, je suis déjà
sur le Sentier. Mais vous nous avez souvent dit qu'il est
difficile de marcher sur le "sentier en lame de rasoir",
que nous devons désintégrer l'Ego, annihiler
ces "démons rouges" dont vous nous avez
tant parlé. C'est pourquoi je vous demande, Maître,
si je pourrai atteindre, malgré mon âge, cette
lumière divine à laquelle j'ai tellement aspiré.
R
- Mais bien sûr ! D'abord et avant tout, il faut prendre
en considération le pouvoir de la lance sacrée.
Rappelle-toi la nature de ce grand pouvoir : la lance est
l'emblème de la force sexuelle masculine. Il faut
apprendre à travailler avec la lance, à manier
cette énergie merveilleuse du Troisième Logos
(l'Esprit Saint). Il me vient en ce moment le souvenir de
Parsifal - l'opéra de Wagner -, de cet épisode
où Kundry, la séductrice, essaie de faire
tomber Parsifal. Quel moment extraordinaire ! Voyant son
échec, Kundry appelle, invoque le ténébreux
Klingsor qui projette contre le jeune homme cette lance
avec laquelle le soldat romain Longin avait transpercé
le flanc du Seigneur Jésus. Mais cette lance ne peut
lui faire de mal, ne peut le blesser ; il l'attrape de la
main droite, puis il fait le signe de la croix. Le château
de Klingsor alors s'écroule, roule au fond de l'effrayant
précipice de l'Abîme, est réduit en
poussière cosmique.
Ainsi
donc, le symbole de la lance est très intéressant
: la lance représente la force sexuelle, le fameux
IT, particule extraordinaire formée du I et du T,
clef atlante magnifique. Si, au moment suprême de
la volupté, c'est-à-dire pendant l'acte sexuel,
nous nous concentrons sur la Divine Mère Kundalini,
si nous la prions d'empoigner la lance, d'utiliser le pouvoir
de l'énergie créatrice pour détruire
les démons rouges, elle le fera. Si nous la supplions
de projeter la lance avec force, de la projeter avec pouvoir
contre tel ou tel Moi, elle l'accomplira : elle réduira
en poussière, un par un, chacun de ces agrégats
psychiques.
Mais
il y a évidemment une marche à suivre : en
premier lieu il faut avoir observé et compris le
Moi que nous voulons éliminer ; il faut l'avoir compris
à fond, intégralement, dans les 49 régions
du subconscient. Après quoi nous pouvons supplier
notre Mère Kundalini, à l'instant suprême
de la transe sexuelle, l'implorer de saisir la lance et
de réduire le Moi en poussière cosmique. Grâce
au pouvoir de la lance, nous pouvons ainsi, peu à
peu, désintégrer l'Ego, puis en finir avec
les trois Traîtres et mettre enfin un terme au dragon
des ténèbres ; grâce au pouvoir de la
lance, nous pouvons éliminer les bêtes du monde
souterrain, dans lesquelles est emprisonnée notre
conscience, notre Essence.
Je
vous donne ici une clef formidable. Je sais, mon estimable
frère, que vous êtes déjà assez
avancé en âge, mais le pouvoir de l'énergie
créatrice n'est pas encore disparu en vous. Le cycle
sexuel dure normalement jusqu'à 84 ans, et vous n'avez
pas 84 ans. Alors profitez de cette merveilleuse énergie.
Q
- Certains auteurs affirment que nous devons sacrifier la
souffrance. Qu'en pensez-vous ?
R
- Voyez-vous, les gens seraient prêts à tout
sacrifier, excepté la souffrance. Ils sont capables
de sacrifier leurs vices, leurs passions, leur vie même,
mais pas leur douleur. Ils aiment trop leurs souffrances,
ils ne les sacrifieraient pour rien au monde. Mais il faut
effectivement sacrifier aussi les souffrances ; il faut
apprendre à extraire des souffrances ce qui est utile,
à tirer profit de l'adversité. Car les pires
adversités nous offrent toujours les meilleures opportunités
pour l'auto-réalisation. C'est ainsi que je comprends
le sacrifice des souffrances.
Il
y a des douleurs atterrantes, profondes, qui pénètrent
dans la conscience ; si nous savons en tirer parti, si nous
savons profiter de la leçon qu'elles nous donnent,
nous sacrifions alors la souffrance. C'est là une
vérité terrible, mais il faut passer par l'annihilation
du mental, des sentiments, de la personnalité, du
Moi. Au terme de toutes ces transformations, de tous ces
travaux, surgit à la fin une créature différente,
terriblement divine, au fond de chacun de nous. C'est pourquoi
il est dit que la transformation commence par la mort, et
que c'est par la transformation que nous pouvons parvenir
à la deuxième naissance et nous convertir
en êtres terriblement divins, au-delà du bien
et du mal.
|